Emplacement
Ile Saint Honorat
CannesFrance
43° 30' 24.0408" N, 7° 2' 50.8992" E
L’île est occupée dès l’époque romaine, c’est l’antique Lérina. Les vestiges de l’île voisine Léro sont encore importants et témoignent de cette présence romaine. Les îles furent peut-être le site de leur première implantation durable en Provence.
Au 5ème siècle, un saint ermite s’y retire pour être en paix, à l’écart du monde. Saint Honorat, né dans une riche famille à Trêves a renoncé à tous ses biens et s’est embarqué pour l’Orient où il a découvert l’ascétisme de la vie monastique. De retour en Europe, il tentera de vivre en anachorète, dans une grotte de la montagne Estérel, puis il fonde une communauté sur l’île Lérina, où il arrive vers l’an 410. Selon la légende de sa vie, relatée par saint Hilaire et par le moine Raymond Féraud, l’île est infestée de serpents que le saint éliminera sans difficulté, marquant ainsi sa victoire sur le mal. Honorat séjournera sur l’île jusqu’à sa nomination en 427 à l’évêché d’Arles où il finit ses jours en l’an 430.
Le monastère se structure autour d’une toute première règle monastique qui ne fut cependant pas écrite, et devient rapidement très important, ayant une renommée qui s’étend sur toute l’Europe. Certains de ses moines en devinrent célèbres : saint Patrick d’Irlande, Vincent de Lérins ou Agricol d’Avignon.
Au 7ème siècle, les moines adoptent la règle de saint Benoît.
Aux 10ème et 11ème siècles, le monastère suit le mouvement de la réforme de Cluny et devient bénéficiaire de nombreuses donations. Il essaimera en de nombreux prieurés non seulement en Provence, mais aussi dans le nord de l’Espagne et en Italie. Le transfert des reliques du saint à la fin du 14ème siècle donnera encore une plus grande importance à ce lieu de pèlerinage déjà très populaire.
En 1464, l’abbaye est mise en commende, et perd peu à peu sa richesse et son importance. En 1787, elle ne compte plus que quatre moines et devient un bien séculaire de l’évêché de Grasse. Elle est vendue à la Révolution pour devenir la résidence privée de l’actrice Blanche de Sainval.
En 1859, l’évêque de Fréjus rachète le monastère pour y faire revivre une communauté. Des moines cisterciens de l’abbaye de Sénanque s’y installent en 1869.
La communauté rassemble actuellement une vingtaine de moines qui vivent de leur travail, ils se font hôteliers, vignerons, et assurent la liaison maritime avec le littoral. Ils appartiennent à la Congrégation Cistercienne de l’Immaculée Conception, une des treize congrégations constituant l’ordre de Cîteaux.
Ainsi, l’île reste un lieu privilégié d’accueil et de prière.
LE PELERINAGE
Déjà au 12ème siècle les fidèles visitant le monastère entre l’Ascension et la Pentecôte bénéficiaient d’indulgences accordées par les papes. On y accourait de toute la Provence pour honorer saint Honorat. Le transfert des reliques du saint à la fin du 14ème siècle donnera encore plus d'importance à ce lieu de pèlerinage déjà très populaire.
Les pèlerins circulaient en procession autour de l’île cheminant de chapelle en chapelle où ils faisaient une pause pour honorer les différents saints. On y chantait des cantiques que l’on a parfois conservés.
La réputation de cette « île des saints » fit aussi de Lérins un lieu d’élection pour les défunts. On venait se faire enterrer dans ce lieu saint jusqu’au cours du 19ème siècle, d’où l’extension considérable du cimetière de l’église et des nécropoles proches des chapelles.
LE BATIMENT
Au 17ème siècle, l’abbaye comprend une église abbatiale, dédiée à saint Honorat, une église dédiée à Notre-Dame, les bâtiments monastiques qui leur son accolés et sept chapelles sur le pourtour de l’île.
A l’écart se trouve un monastère fortifié où les moines vivent plus en sécurité dans les périodes difficiles. Dès le 15ème siècle, ils occupent cette tour de façon régulière, laissant se dégrader les bâtiments abbatiaux.
Au 19ème siècle, les ruines de l’église Notre Dame sont démolies pour laisser place à une habitation, toujours visible actuellement. L’église Saint-Honorat nécessitant une très lourde restauration est aussi démolie pour être reconstruite dans un style pastiche au goût du jour qui englobe quelques éléments de l’édifice ancien, notamment le passage qui faisait communiquer les deux églises, sorte de galerie de deux travées voûtées en berceau qui est aujourd’hui convertie en chapelle dédiée à la Sainte Croix. Cette pure architecture donne une idée de la beauté que pouvait offrir l’ensemble de la construction.
C’est aussi au cours du 19ème siècle que plusieurs éléments de l’abbaye sont reconstruits : cellules des moines, logis de l’abbé, hôtellerie. Ils intègrent les parties restantes, remontant à la fin du 12ème ou au début du 13ème siècle, le cloître, la salle capitulaire et le réfectoire.
Le cloître est bien conservé et présente une construction pas toujours homogène, mais l’esprit de recueillement et de paix qui y règne unifie le lieu. Les galeries sont couvertes de voûtes en plein cintre et bordées par des murs très peu ajourés qui diffusent une lumière tamisée à travers quelques baies ouvertes sur un préau inondé de soleil. On est surpris de ne pas trouver ici les habituelles arcades visibles dans les cloîtres provençaux, même les plus austères. La pureté de la pierre dure, taillée sans ornement participe au sentiment de sobriété qui se dégage et qui correspond bien à la simplicité cistercienne. Souvenons nous pourtant que ce cloître fut édifié par les bénédictins, il en est d’autant plus surprenant.
La salle capitulaire est d’une majestueuse beauté, grande salle rectangulaire couverte d’un large berceau brisé bien appareillé à joints fins. Le réfectoire présente la même beauté dans la simplicité de sa construction.
Un bon nombre d’éléments appartenant à l’ancienne abbaye ont été rassemblé dans le musée, fragments lapidaires, inscriptions, et trois fragments de retables de Louis Bréa représentant saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Benoît.
MONASTERE FORTIFIE
Il est construit sur une avancée rocheuse au sud de l’île à partir du 11ème siècle, et constituait un refuge, notamment lors des incursions sarrasines fréquentes au cours des siècles. A partir du 15ème siècle, il devient le lieu de résidence des moines qui construisirent peu à peu autour du donjon d’origine tous les éléments essentiels à la vie monastique. Il se présente sous la forme d’une double tour massive couronnée de créneaux et mâchicoulis.
Il ne reste sans doute que très peu d’éléments de la première construction. L’édifice actuel s’est construit au cours de diverses campagnes, entre le 12ème et le 13ème siècle, devenant un monastère de plus en plus complet. Une description du 16ème siècle y dénombre quatre-vingt-dix pièces incluant les cellules des moines, quatre chapelles, deux grandes citernes, une multitude d’escaliers, des cuisines, et le cloître conçu sur deux niveaux. L’ensemble comptait également un four à pain et un moulin à huile.
Mérimée, premier inspecteur des Monuments Historiques le visite en 1830 et peut encore en voir des éléments aujourd’hui disparus. L’altération de l’édifice se poursuivit au cours du 19ème siècle, mais ce monument est encore remarquablement imposant et surprend le visiteur dans la beauté d’un site grandiose.
CHAPELLES
Le monastère a la particularité d’inclure sept chapelles construites tout autour de l’île. Celles-ci avaient peut-être été conçues comme des lieux de prière isolés, permettant à Honorat d’entretenir un lien avec la vie érémitique.
La chapelle Saint-Porcaire est dédiée à un abbé du monastère qui fut tué au cours d’une attaque sarrasine, vers 730. l’édifice, postérieur à cette date, a été largement reconstruit au 18ème siècle. Le cul-de-four de cette petite chapelle pourrait être le seul élément roman subsistant.
Au sud, la chapelle saint Pierre, sans doute la plus prestigieuse, a été entièrement reconstruite en 1939, sur la base des substructions existantes.
La chapelle dédiée à saint Cyprien et sainte Justine a été détruite au 17ème siècle sous l’occupation espagnole et reconstruite en 1934 suivant le plan d’origine : nef unique de deux travées et abside en hémicycle.
Au nord de l’île, la chapelle Saint-Michel a subit les mêmes destructions au 17ème siècle. Il en reste quelques parties de la base des murs.
Au sud-ouest, la chapelle Saint-Caprais était dédiée à celui qui avait guidé Honorat en orient, et qui débarqua sur l’île avec lui au 5ème siècle. Elle est à l’état de ruine.
Au Nord-ouest, la chapelle Saint-Sauveur est un petit monument très particulier à plan octogonal qui a pu être un martyrium à l’origine. Elle pourrait dater du 11ème siècle, avec une voûte centrale d’arêtes surbaissée refaite au 16ème ou 17ème siècle.
Au sud-est, la chapelle de la Trinité présente un plan également particulier, avec une très courte nef à deux petites travées couverte d’un berceau, et un chœur tréflé symbolisant la trinité. Le couvrement du chœur est assez élaboré, avec une coupole sur pendentifs s’articulant avec les culs-de-four de l’abside et des absidioles latérales. L’ensemble pourrait remonter au 11ème siècle, avec des reconstructions possibles, notamment du berceau couvrant la nef.
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