Peintures

Vierge de Protection, Vie de la Vierge, Enfance du Christ

Ces fresques ont été découvertes par hasard en 1936. L’abbé Malplat remarqua une boursouflure et un écaillage dans l’enduit de chaux de la voûte de l’abside. On gratta et l’archéologue H. Bonnet procéda au nettoyage du badigeon du 19ème siècle qui les recouvrait.

Ainsi apparut un cycle de la Vie de Marie couvrant les murs de l’abside.
 
La voûte est consacrée aux Christ qui figure à la clé dans l’image d’un Christ de Pitié, et aux évangélistes Luc, Marc et Mathieu qui décorent les voûtains. Saint Jean est représenté en partie haute de la voûte, au-dessus de l’autel. Chacun tient un phylactère portant une inscription, parfois effacée.
L’ensemble est complété par une représentation du Prophète Isaïe, dans le voûtain de gauche. L’inscription difficilement lisible, dévoile sa révélation « ECCE VIRGO CONCIPIET FILIUM» (voici, une Vierge enfantera un fils).
Dans le voûtain de droite, c’est une Sibylle qui apparaît, symbolisant la même dimension prophétique. (Mâle, p. 608). Ces prêtresses d’Apollon avaient été introduites dans l’iconographie chrétienne car leurs prophéties adressées au monde païen étaient très comparables à celles des Prophètes : elles avaient annoncé un sauveur.
 
Sur les murs se déroule le cycle de la Vie de la Vierge et de l’Enfance du Christ.
Au centre, un large panneau représente Notre Dame de Protection. Deux anges soulèvent les pans de son grand manteau vert pour dévoiler la présence des personnages placés sous sa protection. La division est assez inhabituelle, peu conforme à l’iconographie traditionnelle qui tend à placer les clercs à droite de la vierge, et les laïcs à sa gauche. Ici, on distingue des femmes à droite de la Vierge et à sa gauche figurent deux papes, des clercs et quelques laïcs.
Le donateur pourrait être représenté coiffé d’un haut bonnet dans un groupe en contrebas.
 
A gauche de ce panneau, au registre inférieur, une belle scène représente le Mariage de la Vierge. La stature du grand prêtre en robe blanche est impressionnante. En arrière plan d’un paysage mal défini, un rocher symbolise le Christ.
 
Le dernier panneau de gauche au registre inférieur est très effacé. Il pourrait représenter une Visitation. On devine deux femmes concentrées dans l’intimité de la confidence. Le panneau a été endommagé par l’ouverture d’une niche. Au-dessous, le tableau pourrait représenter l’Annonciation.
 
A droite de la Visitation, le récit se poursuit avec la Nativité. Les proportions de la scène sont étranges et lui confèrent un charme mystérieux. Marie, Joseph et l’enfant Jésus sont entourés de figures minuscules : l’âne et le bœuf au premier plan, un berger sur la montagne à gauche, les bergers et leur troupeau. Très symboliquement, une source bien visible jaillit de l’imposant rocher en avant plan sur la gauche, annonçant la rédemption et la purification à travers le Christ Sauveur. En arrière plan, une vaste étendue d’eau calme, la mer, très présente malgré son éloignement, source de vie purificatrice.
 
A droite du panneau central, le cycle se poursuit avec l’Adoration des Mages. La scène se déroule dans un même paysage rocheux à l’arrière plan perdu dans l’infini où l’on distingue la silhouette d’une ville.
 
Au registre inférieur, le Massacre des Innocents est une scène agitée sur une place entourée de hauts édifices. Ici encore, les proportions sont très irrégulières, le personnage d’Hérode semble être un géant, comme pour montrer sa puissance dsestructrice, il est presque aussi grand que les constructions.
 
A droite, la Fuite en Egypte est à peine visible, surmontée par la Présentation au Temple, très endommagée par le percement d’une fenêtre.
 
Ce cycle est ponctué par la présence des VERTUS figurant entre les scènes du registre supérieur. Elles sont représentées en pied, reposant sur des chapiteaux, sous la forme de jeune filles vierges selon l’image qui prend forme dès les débuts du christianisme. Sur six figures présentes à l’origine, seules quatre sont encore visibles, représentant la Charité (CARITAS) l’Humilité (HUMILITAS) , la Patience (PACIESIA) et la Tempérance (TEMPRA).
On peut remarquer le choix de vertus profondément humaines, au côté de la charité, comme la patience et l’humilité mettant en valeur des vertus intérieures et humbles qui assurent la sainteté de la vie d’un bon chrétien.
 
L’ensemble des peintures manifeste une certaine naïveté, elles montrent des maladresses, dans l’expression et dans les proportions. Certaines scènes n’en manquent pourtant pas de charme.
Elles pourraient être l’œuvre d’Andrea de Cella. On peut aussi envisager que certaines parties ont pu être retouchées ou repeintes, lors de l’agrandissement de la chapelle au 17ème siècle, comme l’image de la Vierge de Protection.

Emplacement

Rue Hippolyte-Guis
Cagnes-sur-Mer
France
43° 40' 4.476" N, 7° 8' 47.976" E

Retable de Sainte Marguerite

 

L’œuvre en forme de triptyque est composée de six panneaux peints historiés, encastrés dans une structure en bois sculptée et moulurée.
 
Le panneau central représente sainte Marguerite, triomphante du dragon qui a tenté de la dévorer. Elle est la sainte triomphante des forces du mal et son culte fut extrêmement populaire. Sa sortie miraculeuse du ventre ou de la bouche du monstre font d’elle la protectrice des femmes enceintes.
 
A sa gauche, saint Louis, évêque de Toulouse, est représenté couronné et vêtu dans une chape bleue à fleurs de lys. Il est le prélat protecteur des humbles, son culte se répandit très largement en France et en Italie après sa mort en 1297, survenue suite à son voyage à Rome pour assister à la canonisation de saint Louis, son grand-oncle, le roi Louis IX. La dévotion fut développée par les franciscains, saint Louis ayant fait partie de leur ordre avant son épiscopat.
 
A droite, saint Roch présente ses plaies de pestiféré. Ce saint du 14ème siècle s’imposa vite auprès de saint Sébastien pour protéger contre la peste. Les cultes populaires n’hésitent pas à s’enrichir de saints nouveaux qui ont démontré leur efficacité. En 1414, les évêques réunis en concile général à Constance avaient fait une procession solennelle en l’honneur du saint pour faire cesser la peste, et le fléau de la maladie s’interrompit. L’image de saint Roch devint très populaire.
 
Au-dessus de lui figure saint Laurent, lui aussi guérisseur. « Il soigne les boutons du visage, appelés « feu de saint Laurent ». On dit que les étoiles filantes qui sillonnent le ciel , la nuit précédant sa fête (10 août) sont les étincelles du feu sur lequel il fut grillé et que les souhaits formulés pendant leur course rapide se réaliseront » (P. Canestrier).
 
 
A gauche du registre supérieur, on reconnaît saint Jean-Baptiste portant la croix et l’agneau du sacrifice.
Ses multiples pouvoirs protecteurs font de lui le saint le plus représenté avec saint Sébastien. Il protège tout d’abord la santé des enfants, ce qui rend peut-être sa présence significative auprès de Marguerite, protectrice des accouchements. En outre, il a un rôle purificateur qui passe très symboliquement par le feu et par l’eau, ce qui lui donne un haut pouvoir de protection contre les maladies.
Il est à noter l’existence dans le village d’une église placée sous son vocable, construite au 16ème siècle.  
 

Emplacement

Quartier Sainte Marguerite
Cabris
France
43° 39' 22.3128" N, 6° 52' 26.4288" E

Retable de Saint Antoine

 

Le retable est en forme de triptyque. Le personnage central est saint Antoine, représenté assis avec un livre ouvert sur les genoux, et bénissant de sa main droite.
 
St. Antoine l’Abbé, ermite du désert du Sinaï, où il s’était retiré aux cotés de St. Paul de Thèbes, était invoqué comme protecteur de la gangrène, du « feu de St. Antoine » et du zona, mais il fut aussi l’un des premiers protecteurs contre le mauvais sort, et toutes sortes d’autres épidémies, la peste en particulier. Son rôle est important dans les campagnes où il protège les bestiaux des maladies ainsi que de la foudre et du feu. Ainsi, ses représentations sont nombreuses dans le Comté de Nice et plusieurs chapelles lui sont attribuées. Dans celle de Clans un excellent artiste lombard a développé, autour de 1480, sa « Vida » en 36 panneaux.
La protection de saint Antoine s’exerce à travers les grandes abbayes de l’ordre des Antonins, dont les religieux protègent et soignent les populations du « mal des ardents ».
Le saint est souvent représenté accompagné d’un petit cochon qui n’est introduit dans l’iconographie qu’à partir du 15ème siècle. La signification de cet animal a donné lieu à toutes sortes d’explications souvent fantaisistes qui montrent bien la faculté populaire de créer des légendes : «  les moines qui quêtaient leur nourriture recevaient souvent du cochon » ou bien « St Antoine aurait vécu avec ce compagnon dans le désert, peut-être après avoir domestiqué un sanglier sauvage »…
Emile Mâle a cherché l’origine de cette représentation : l’ordre des Antonins, créé en Dauphiné en 1095 était protégé par le roi. Les ordonnances de police qui défendaient habituellement l’errance des porcs dans les rues, firent une exception pour ceux appartenant aux moines. On pouvait les identifier avec une clochette attachée au cou. L’image s’est diffusée et transmise à travers les siècles, mais son sens se perdit. On retrouve pourtant une résurgence de cette tradition à Nice au 16ème siècle, où, selon les statuts de la ville confirmés en 1577, le vagabondage des cochons est interdit dans les rues « à l’exception du cochon de Monseigneur Saint-Antoine » qui devait appartenir au prieur de la chapelle du saint.
 
Un autre attribut souvent représenté est la béquille en forme de tau, le T représenté sur le manteau des frères, rappelant qu’ils consacraient leur vie aux infirmes.
 
A droite du saint figure sainte Claire. Elle porte à la main une lanterne, car elle est protectrice des aveugles et soignes les maux oculaires.
 
Marguerite d’Antioche, à droite, est aussi une sainte protectrice, implorée contre les plaies du visage, et pour faciliter l’accouchement, car elle est parfois représentée sortant miraculeusement du ventre ou de la gueule du dragon qui l’assaille. Ici, elle est représentée comme vierge victorieuse, tenant en laisse le monstre symbolisant le mal.
Non loin du Broc se trouve la chapelle Sainte Marguerite. Ce sanctuaire était un lieu de pèlerinage pour protéger les enfants des maladies.
Une chapelle dédiée à saint Antoine a été reconstruite aux 17ème et 18ème siècles. La chapelle saint Sébastien complétait cet ensemble formant un rempart contre les maux pouvant atteindre la communauté.
La présence des saints protecteurs au retable peint au 16ème siècle pourrait avoir un lien avec le pèlerinage de sainte Marguerite et assure la présence des saints guérisseurs auprès des nécessiteux. 
 
Le registre supérieur s’articule autour d’une crucifixion dans la partie centrale.
 

Emplacement

Le Broc
France
43° 48' 33.3396" N, 7° 10' 9.6672" E

Scènes de la Vie de la Vierge

 

Le programme peint sur les murs du choeur raconte les derniers moments de la vie de la Vierge. Ce thème du « Transitus Mariae », relaté dans les récits de la Légende Dorée de Jacques de Voragine et inspiré par les évangiles apocryphes, est très rarement représenté de façon aussi détaillée en région alpine. L’artiste s’inspire d’un de ces textes, l’évangile de Marie qui apporte un éclairage particulier aux scènes citées.
 
Le mur nord est très abîmé dans sa partie inférieure qui représente Jean enlevé par une nuée et transporté chez la Vierge à Ephèse. En haut figure une deuxième Annonciation : l’Ange annonce à Marie sa mort prochaine. La peinture est assez dégradée.
 
Le mur sud représente la Dormition de Marie. Scène étonnante et touchante où l’âme de la Vierge prend la forme d’une petite fille emportée par le Christ qui la tient dans ses bras.
Au registre inférieur, la peinture assez dégradée représente l’Enterrement de Marie : un homme casqué tente de s’emparer de sa dépouille. C’est le soldat juif Rubin dont les mains sont aussitôt paralysées, mais il se repent et Pierre le guérit. Cet épisode fort marqué d’une portée anti-juive est rarement représenté. Un seul autre exemple dans la région est visible à Montegrazie en Ligurie.
 
Au chevet sont représentés, de bas en haut, les scènes de l’Incrédulité de Thomas, la Visite au Tombeau où le corps de la Vierge est remplacé par des roses, et l’Assomption.
 
Les quatre voûtains du chœur représentent les quatre Evangélistes représentés dans un décor gothique d’une grande finesse.
La décoration non historiée séparant ces scènes est d’une grande richesse. Le choix des formes est généralement très caractéristique d’un peintre et de son atelier. Ici l’on reconnaît le motif en forme de « tente du ciel » typique de Baleison.
 
L’œuvre est peinte à fresque, sur un enduit frais (fresco) qui assure l’extraordinaire longévité des couleurs dans toute leur intensité cristallisée dans la matière minérale. Notons cependant qu’il est rare de trouver une peinture murale entièrement exécutée à fresque. Bien souvent, des touches finales complétaient l’œuvre « a secco », le travail sur enduit frais n’autorisant aucune retouche ou repentir.
C’est en 1959 que cet ensemble de fresques fut remis à jour, après qu’un ouvrier chargé de la restauration de l’autel eut la curiosité de gratter le badigeon qui les recouvrait. Les peintures furent remises en état partout où cela était possible, les parties abîmées n’ayant pas été repeintes.
 
 

Emplacement

Vallon Notre Dame des Fontaines
La Brigue
France
44° 4' 0.7212" N, 7° 38' 54.1428" E

Cycles de fresques : Enfance de la Vierge, Scènes de la Passion, Jugement Dernier

 

L’arc triomphal qui sépare la nef du chœur est orné de scènes de l’enfance et de la vie de la Vierge et de l’enfance du Christ, depuis la naissance de la Vierge à la Présentation de Jésus au temple. Elles sont l’œuvre de Jean Canavesio qui travailla à la chapelle postérieurement à Jean Baleison, dont certains motifs non historiés ont été retrouvés sous la scène de la Nativité.
Les scènes sont riches en détails narratifs, inspirés par un texte apocryphe, le proto-évangile de Jacques.
 
VIE DE LA VIERGE
 
La partie haute de l’arc est consacrée à la Vie de la Vierge, se déroulant de gauche à droite.
Scène assez abîmée de la Naissance de Marie. Des maladresses dans l’équilibre de l’œuvre sont perceptibles, comme dans la Visitation et le Massacre des Innocents, contrastant avec la très belle harmonie qui caractérise le reste de l’œuvre, comme la Présentation de Marie au Temple. Le mouvement de l’ascension de l’enfant Marie, accompagné par ses parents, Anne et Joachim, et accueillie par le prêtre, est d’une très grande beauté.
 
Plus mouvementée, la scène du Mariage de Marie, où le noble équilibre statique des personnages du prêtre unissant les époux contraste avec le groupe agité des prétendants.
 
La scène de la Nativité est en deux partie : sur la droite, Joseph et Marie entourent l’enfant Jésus de leurs prières, dans le cadre d’une harmonieuse architecture de l’étable. L’enfant Jésus est posé sur le manteau de la Vierge, comme dans la Nativité de Bréa qui se trouve à la collégiale de la Brigue. St Joseph porte à la main une bougie dont il protège la flamme, dans une représentation emprunte à la peinture nordique. Sur la gauche, un défilé de rochers évoque la montagne alpine environnante, abritant un troupeau de brebis brigasques, une des grandes richesses du village. Le berger près du seau à traire interromps son repas pour saluer l’ange qui annonce la bonne nouvelle.
 
Dans l’Adoration des Mages, on admirera particulièrement la richesse des étoffes, et la merveilleuse variété de la procession qui accompagne les Rois Mages, où Canavesio représente un monde complètement étrange pour son époque, où domine l’étonnante figure d’un dromadaire très exotique. Joseph s’essuie le front, stupéfait de ce spectacle. La composition est d’un remarquable équilibre, une des plus belles scènes de la chapelle.
 
La Fuite en Egypte est une scène touchante, riche en détails. Canavesio y représente le « miracle des dattes » : l’enfant Jésus a faim, un ange fait ployer un palmier sur le passage de l’âne qui porte Marie et son fils afin de le nourrir. Sur la gauche, un rideau d’arbres isole une autres scène : des soldats demandent à un paysan qui récolte son blé s’il a vu les fugitifs. « Oui, répond t’il, ils sont passés lorsque je semais ». Par miracle, le blé avait poussé en quelques heures à peine.
On retrouve une même scène de la Fuite en Egypte à Lans le villars, en Savoie, ou à la chapelle des Pénitents blancs de Tende.
 
La scène du Massacre des Innocents est dominée par Hérode qui regarde le spectacle depuis une loggia, alors que selon l’histoire, il n’assiste pas à la scène. Mais les peintures de Canavesio semblent vouloir dénoncer les responsables de massacres en les faisant apparaître.
 
On appréciera enfin le très bel équilibre spatial de la Présentation de Jésus au Temple qui clôt ce cycle.
 
 
SCENES DE LA PASSION
 
La nef est peinte des scènes de la Passion du Christ. Une inscription écrite en 1583 y figure sous la crucifixion, précisant que l’œuvre fut commandée à « IOANES CANAVESIO PICTORE » et terminée le 12 octobre 1492. La totalité des scènes de la nef couvre une superficie de 123 m².
 
Le cycle débute au registre supérieur du mur sud de la nef (à droite), et se déroule en 14 tableaux sur ce mur et douze sur le mur opposé.
L’Entrée à Jérusalem présente une architecture de la ville typique de la renaissance. L’ânesse au pelage clair est remarquablement vivante, comme tous les animaux présents dans ces fresques. Tout en portant le Christ, elle allaite son ânon, détail profondément touchant. Derrière les murs de la ville, des personnages coupent des rameaux d’olivier pour les lancer au passage de ce « Roi ».
 
La Cène est représentée comme un tableau de retable, surmontée d’un décor d’arc en accolade. Le Christ est assis face à Judas qui est isolé sur le devant de la scène. Les deux personnages sont liés dans le geste du bras qui se rejoignent autour de l’agneau symbolique, mettant en relief l’opposition fondamentale du bien et du mal. Ici encore, les détails sont soignés et rendent la scène présente et vivante, comme la nappe gaufrée, les verres et la carafe de vin. Selon une iconographie que l’on retrouve en Piémont, les pains sont en trois morceaux, imprimant fortement dans cette représentation le symbole de la Trinité.
 
Le Lavement des Pieds prend place dans une salle au décor renaissance, carrelages au sol, colonnade ouvrant sur un extérieur fictif, plafond en boiseries. La blancheur de la robe du Christ que l’on retrouve dans l’eau du bassin symbolisent la pureté. Cette pureté dont Judas a tant besoin qu’il se hâte de déchausser sa sandale. Cette scène devrait précéder la Cène, mais le choix de l’inversion accentue davantage le thème de la traîtrise, très présent dans ces lieux et peut-être lié à l’histoire locale. En effet, Judas est ainsi campé comme un personnage majeur, et l’on est déjà introduit à l’esprit de la scène suivante, la Trahison de Judas.
 
Cette trahison apparaît comme un diptyque séparé par une fine colonnette soutenant deux arcs en plein cintre. A gauche, Judas est saisi par le diable et reçoit l’argent de la trahison. A droite, c’est le repentir. Son pied droit chaussé d’une sandale est bien ancré dans le sol, tant dans ces deux scènes que dans le Lavement des Pieds. C’est bien le même personnage, capable de trahir mais aussi de se repentir, attendant la rédemption du Christ.
 
Au Jardin des Oliviers, on admirera une composition créant une profondeur qui met en valeur les évènements. Le jardin ceint par un enclos circulaire est planté d’une riche végétation représentée avec une grande finesse. Les arbres sont groupés par deux (l’Ancien et le Nouveau Testament) ou par trois (Trinité). Un immense rocher émerge au centre du jardin (symbole de l’alliance de Dieu). Une agitation tumultueuse au fond de la scène contraste avec le calme statique du jardin : Judas entre par une porte, il est suivi par une horde de soldat prêts à arrêter le Christ.
 
Le Baiser de Judas se déroule dans une scène extrêmement mouvementée, chargée de contrastes symboliques : lanterne dressée et allumée / lanterne tombée à terre, frappement de Pierre / baiser du Christ, main de Judas qui prend l’argent / main du Christ qui donne en restituant à Malchus l’oreille que Pierre vient de couper.
 
Les scènes suivantes de le présentation du Christ aux grands prêtres, Anne et ensuite Caïphe, est directement suivie de la scène de la Flagellation, semblant attribuer son exécution aux juifs et non au jugement de Rome. Le Christ est trahi par son propre peuple. Pourtant, Canavesio rectifie, et commente plus avant dans le cycle le jugement de Pilate. En fait, dans un raccourci étonnant, la Flagellation fait directement face au mur opposé à la Résurrection où le Christ est de la même façon au centre d’un groupe de quatre personnages. La colonne centrale de la Flagellation fait aussi pendant à l’axe vertical de la Croix de la Déposition qui se situe en face, au registre supérieur.
 
Dans la 11ème scène, Jésus est conduit devant le prétoire de Pilate. La dynamique de la scène s’articule autour des axes en diagonale des lances formant une croix de st André. La bannière portant les dessins liés au peuple juif de la chauve-souris et du scorpion s’incline devant le Christ. La femme de Pilate est présente. Selon l’évangile apocryphe de Nicodème, elle dit à son mari qu’il ne doit pas condamner le Christ.
 
C’est dans un grand mouvement de tourbillon que le Christ est frappé par les juifs. Il semble être le centre d’une roue engagée dans un mouvement infernal, dans un cycle qui transcende les notions de temps historique. Ici encore, la scène est décalée par rapport aux évangiles, elle devrait se situer à la place de la Flagellation, juste après la comparution devant Caïphe.
 
Le cycle se termine avec des scènes d’une grande puissance de représentation. La Mort de Judas représente le personnage à la fois pendu et éventré, réconciliant deux récits différents, l’évangile de Matthieu où il se pend, et l’acte 1 de l’apôtre Pierre où il meurt accidentellement. Le corps du pendu se trouve à l’extérieur du champ considéré pour Pierre comme étant souillé du sang de Judas car acheté avec l’argent de la trahison. Mais il est relié à l’intérieur du champ par l’olivier où il est pendu, le champ de la rédemption du Christ, car acheté selon Matthieu avec l’argent du rachat.
Les deux polarités du bien et du mal se trouvent ainsi réunie dans une même image, à la fois terrifiante et porteuse d’espoir. D’ailleurs, cette image prend place dans la nef exactement à côté de la Crucifixion, scène du sacrifice, condition indispensable du rachat des pêchés.
 
Cette Crucifixion est de grande dimension, couvrant les deux registres inférieur et supérieur dans une mise en scène grandiose. Un foisonnement de détails et de personnages apporte un message d’une grande profondeur à cette scène essentielle du cycle.
 
Le récit se termine par une représentation de la Descente aux Enfers citée dans le Credo, qui aurait dû précéder la Résurrection. Canavesio illustre ici de façon très vivante et imaginative le monde chaotique et monstrueux de l’enfer, créant le lien avec le Jugement Dernier qu’il nous invite à découvrir.
 
 
JUGEMENT DERNIER
 
Le Jugement Dernier est une œuvre grandiose qui couvre tout le mur occidental de la chapelle, sur une superficie de 33 m².
Un foisonnement de personnages saisit le spectateur, qui peu à peu perçoit l’ordonnancement des scènes de part et d’autres de l’image du Christ surmontant l’archange saint Michel. A gauche de la fresque Le roi Salomon cite une phrase de l’Ecclésiaste, en inversant une proposition négative : « Erit Recordatio apput eos qui futuri sunt in novissim ». Il invite le spectateur effrayé par l’horreur du monstre engloutissant les personnages de l’enfer et prêt à se soumettre à la loi divine, à garder mémoire de ce récit dans le futur.

Emplacement

Vallon de Notre Dame des Fontaines
La Brigue
France
44° 4' 2.0532" N, 7° 38' 52.4436" E

Assomption

 

Panneau unique à deux compartiments, qui semble être l’élément central d’un retable dont le reste a disparu.
Le panneau principal représente l’Assomption de la Vierge, dans un cadre entouré de fines colonnettes supportant un arc en plein cintre.
Marie, enveloppée dans son manteau bleu, est emportée au ciel par quatre anges. Sa tête est déjà dans les cieux, au-dessus des nuages. Elle y entend la musique céleste jouée par les anges, l’un jouant du luth et l’autre de la vièle à archet. Ces deux instruments sont souvent représentés dans les célébrations de la Vierge peinte par L. Bréa, comme à Taggia, à Briançonnet ou dans l’Assomption du Petit-Palais à Avignon. Luc Thévenon nous rappelle la symbolique de ces instruments symbolisant les bienfaits divins, mais aussi préfigurant la passion, avec leurs cordes tendues sur un support de bois symbolisant le corps du Christ cloué sur la croix.
Au sol, les apôtres sont représentés de part et d’autre d’un large tombeau vide, et lèvent le regard vers Marie. Ils sont encadrés par des éléments rocheux, marquant symboliquement la présence du Christ.
 
Le petit panneau supérieur représente la Trinité, le Père et le Fils s’apprêtent à couronner la Vierge.
 
Le dogme de l’Assomption fut accepté très tardivement par l’église, proclamé officiellement par le pape pie XII en 1950. L’église d’orient fêtait la Dormition, sommeil au cours duquel l’âme de la vierge s’élevait vers le ciel. L’assomption corporelle de la Vierge est une notion qui n’apparaît pas avant le 9ème siècle et qui se confirmera avec les grands théologiens du 13ème siècle.
 

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Martyre de Saint Erasme

 

L’œuvre est composée d’un grand panneau central surmonté d’un revers et complété par une prédelle. Le retable montre la trace de remaniements, l’encadrement est tardif, du 18ème siècle.
 
Le panneau central représente la martyre de saint Erasme, autrement dit saint Elme. Le saint est allongé nu sur une planche, coiffé d’une mitre d’évêque. Il était évêque au Liban au 3ème siècle, et fut martyrisé en Campanie en 303. L’image de son supplice est crûment représentée, un bourreau extrait ses intestins et les enroule sur un treuil. Un personnage domine la scène, assis sur un trône, peut-être l’empereur Maximien, entouré de deux personnages de sa suite.
 
Il est intéressant d’observer que le culte de saint Erasme était au début du Moyen-Age porté par les marins en Méditerranée. Les phosphorescences de la mer, appelées « feu de saint Elme » nous rappellent ce lien à l’univers maritime. Il était généralement représenté avec un emblème caractéristique de cette appartenance, un cabestan sur lequel s’enroulait un câble. Or, cet instrument n’avait aucun sens pour les peuples continentaux qui ignoraient tout de la mer, notamment dans l’est de la France où le saint était très vénéré. Ils imaginèrent donc qu’il s’agissait là de l’instrument de son supplice, un treuil autour duquel seraient enroulés ses intestins.
De là à en faire le saint protecteur des maux de ventres (coliques ou enfantement), il n’y avait qu’un pas. Le boyau des intestins fit même de lui le patron des luthiers ! Cependant, dans notre région méditerranéenne, le culte au marin reste prépondérant, et célébré sur la côte, à Villefranche, Nice et Monaco.    
 
C’est là un bel exemple de la création des légendes par le peuple lui même, transformant les récits relatés dans les écrits comme la Légende Dorée dont la transposition en image n’était pas toujours bien comprise.
 
Le saint est peu représenté dans les Alpes- Maritimes. Par contre, on le retrouve en Piémont et en Lombardie, et son martyre est fréquemment représenté dans les régions du nord.
 
Le revers représente Dieu le Père, entouré de deux anges. La prédelle en cinq panneaux montre des épisodes de la vie et du martyre du saint.

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Retable Notre Dame des Neiges

 

Ce retable, dédié à Notre-Dame des Neiges, fut commandé par Petrino Lascaris da Briga coseigneur de Brigue qui venait de contribuer à la reconstruction de l’église collégiale achevée en 1501. Pour lui même et sa famille, il y fonda et fit orner l’autel de la Sainte Croix. Son achèvement fut concrétisé par la mise en place du triptyque en 1507. La dédicace, bien qu’en partie effacée, témoigne de cette commande : « Magnific(us) et Gener(us) V(enerabili) Lascaris / Vintimillii et ex Fin(us) DP ( … ) FCP Piar / (Sebastia) nus Fusar de Fossano 1507 me (fecit) ( …)».
 
L’œuvre est en forme de triptyque. Au panneau central, Marie est assise sur un trône au bas duquel on peut lire l’inscription : « SANCTA MARIA DI NIVE ». Elle allaite son enfant qu’elle porte sur un drap blanc, l’enfant tête distraitement en regardant ailleurs. La Vierge nourrice ou Vierge au lait représente une Vierge de tendresse, ajoutant l’image du rôle fécondant de la Vierge, dans sa charité nourricière. Ces représentations étaient courantes au Moyen-Age, mais le Concile de Trente y mit un terme, car elles donnèrent parfois lieu à des excès de nudité ostentatoire, comme dans l’œuvre de Jean Fouquet (v. 1450).
 
Le culte de Notre Dame des Neiges s’est établi sur une tradition romaine qui remonte au 4ème siècle, sous le pontificat de Libère (352 – 365). La Vierge lui apparut en songe, ainsi qu’au patricien Jean et à sa femme, leur demandant d’élever une église à l’endroit qui serait couvert de neige le lendemain. Ceci paraissait totalement impossible car l’histoire se déroule au mois d’août. Et le miracle survint, le 5 août au matin, une nappe de neige couvrit le mont Esquilin sur lequel on battit une église, qui est aujourd’hui la basilique Sainte-Marie-Majeure.
Le culte à Notre-Dame-des-Neiges se répandit, on le retrouve fréquemment dans les Alpes Maritimes, comme à Breil,  Roquebrune, Saint-Agnès Guillaume ou Roure.
 
L’image de la Vierge domine les deux personnages qui figurent dans les compartiments latéraux.
A droite, saint Louis d’Anjou est représenté en évêque, vêtu d’une chape ornée de fleurs de lys. Ce franciscain devint évêque à Toulouse en 1296. Son humilité était légendaire et remarquable, particulièrement pour un membre de la famille royale. Il était en effet le petit-neveu du roi de France Saint-Louis, et le fils de Charles II d’Anjou, compte de Provence. En 1297 il se rendit à Rome pour assister à la canonisation de son grand-oncle, et mourut peu après, épuisé par la phtisie. Il fut enterré à Marseille, d’où son culte se répandit, en France et en Italie, notamment à travers les dévotions franciscaines.
 
A gauche, saint Nicolas de Bari est lui aussi un saint extrêmement populaire. Il est lui aussi représenté en évêque, vêtu d’un manteau bleu, sur un fond doré, s’harmonisant dans les tons avec les deux autres panneaux.
Les boiseries sont en bois doré, en style renaissance avec pilastres à chapiteaux.
La partie supérieure du retable a été modifée au 18ème siècle. Au sommet figurent encore les armes des Lascaris de la Brigue.

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Crucifixion

 

La crucifixion est représentée sur un panneau unique. Madeleine est agenouillée au pied de la croix, entourée de saint Jean, Marie et une sainte femme. Derrière saint Jean figure un évêque, le dos tourné, semblant à l’écart de la scène. A gauche, un petit personnage agenouillé représente le donateur. Dans la partie haute, deux anges assistent à la scène, l’un deux sèche ses larmes avec un mouchoir.
Le paysage est représenté jusque dans un fond lointain, les effets de sfumato créant des effets de perspective dégradée.
 

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Retable de Saint Pierre

 

Triptyque sans prédelle.
 
Ce retable se trouve dans une chapelle fondée par l’abbé Jérôme Robiolis, curé de Breil-sur-Roya, dont la famille conserva le jus patronat jusqu’au 19ème siècle. Aussi l’on ne s’étonnera pas d’y voir figurer saint Jérôme, Docteur de l’Eglise, et saint Pierre en pape. Le troisième personnage est saint Paul, à destre de Pierre qui figure en position centrale.
Pierre siège sur un trône et porte la tiare. Sa main droite fait un geste de bénédiction.
Jérôme est représenté en ermite du désert faisant pénitence. La figure de ce saint n’est pas la plus répandue dans les dévotions populaires, sa présence ici témoigne du statut du donateur.
Saint Paul apôtre est représenté barbu et chauve, avec l’épée et le livre, selon une iconographie traditionnelle.
Au niveau supérieur central figure une Transfiguration. Le Christ vêtu de blanc apparaît entre deux rochers qui cadrent la scène. Sur les côtés, saint Barthélemy à droite et sainte Catherine d’Alexandrie à gauche. Son culte est extrêmement populaire en Europe au Moyen Age et tout autant dans notre région, elle protège les jeunes filles, mais aussi les charrons et les clercs, ce qui peut justifier sa présence dans cette chapelle offerte par l’un d’entre eux. Paul Canestrier dénombre onze apparitions de la sainte dans les œuvres des primitifs niçois, alors que Barthélemy n’est cité qu’une seule fois.
 
Le fronton montrant le Saint-Suaire déroulé par saint Charles Borromée et saint François-de-Sales a été ajouté au 17ème siècle.

Emplacement

Breil-sur-Roya
France
43° 56' 17.8656" N, 7° 30' 54.7416" E

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