L’église de Puget-Théniers, sans atteindre le niveau de cathédrale, tint une place éminente dans le diocèse de Glandèves. C’est là que résidait l’évêque lorsqu’il n’était pas dans la partie française de son territoire.
L’église n’eut jamais suffisamment de richesse pour devenir collégiale, mais l’édifice est imposant dans ses proportions dès le 13ème siècle.
L’appartenance aux Templiers reste douteuse, mais on sait que dès 1066, les moines de Lérins en ont la dépendance. Ils ont de nombreuses propriétés dans la région. Ils resteront présents au cours des siècles suivants, non sans conflits avec les consuls de la communauté sur les dépenses à effectuer pour l’entretien.
La vaste nef se termine par une abside semi-circulaire qui était à l’origine ouverte de trois fenêtres. Le chevet garde les aspects de cette construction d’origine, avec une pierre habilement taillée et appareillée et une corniche en dents d’engrenage qui faisait la jonction avec la partie haute de l’église. On retrouve ici le plan commun à maints édifices de nos vallées, dans le courant du 13ème siècle, notamment à Ascros et à Glandèves, cathédrale toute proche.
Le mur gouttereau nord porte encore la trace d’un important portail. Etait t’il l’équivalent du Portail Royal d’Embrun, situé également au nord de l’archi-cathédrale ? L’entrée se fait désormais en façade, par un portail à l’accent gothique ajouté au 15ème siècle, avec l’oculus qui le surmonte, et sans doute remanié depuis.
Une autre grande période de remaniements a lieu au 18ème siècle pour faire entrer l’église dans le modèle Baroque. La voûte est reconstruite en stuc et des chapelles sont ajoutées le long de la nef. Suite aux restaurations du 19ème siècle, des saints vénérés localement y sont représentés, st Nicolas de Tolentino et Ste Aplollonie.
L’église offre au visiteur la découverte d’œuvres étonnantes, beaucoup d’entre elles provenant de l’église conventuel des chanoines augustin présents à Puget-Théniers jusqu’en 1783. Au maître autel figure le retable de Notre-Dame-du-Bon-Secours, œuvre du maître hollandais Antoine Ronzen au style flamand tout emprunt des influences de la Vénétie où il vécut. Sa présence à Puget-Théniers ne surprendra pas, il s’y marie dans les premières années du 16ème siècle avec Honorée Luca, fille d’un peintre local.
Le style de l’Europe du Nord est aussi marqué dans l’œuvre sculptée monumentale qui représente un calvaire, avec trois scènes juxtaposées de Crucifixion, Mise au tombeau et Résurrection. L’ampleur des plis des vêtements, leur imposante construction signe l’appartenance à une école dans la continuité du maître flamand Claus Sluter qui, dès la fin du 14ème siècle dégage une intensité d’expression monumentale et puissante encore jamais atteinte. L’œuvre présente ici n’est pas signée, elle fut probablement effectuée par un atelier de passage, au début du 16ème siècle.
L’iconographie baroque se développe autour de l’autel du Rosaire daté de 1730. Saint Dominique et sainte Catherine de Sienne qui dominent l’œuvre rappellent le rôle joué par les Dominicains dans la diffusion du culte du Rosaire au 13ème siècle. Mais c’est au moment de la Contre-Réforme que la Vierge du Rosaire deviendra le symbole de la victoire, celle du bien sur le mal, après qu’elle ait donné la victoire aux soldats chrétiens lors de la bataille de Lépante. Les quinze représentations des Mystères Douloureux, Joyeux et Glorieux entourent une niche où un crucifix remplace la Vierge. Les panneaux latéraux représentent St Antoine Ermite et Saint Nicolas-de-Tolentino, protecteur des Augustins dont la présence a marqué Puget-Théniers pendant plusieurs siècles.

