Emplacement
ValdebloreFrance
44° 4' 3.6084" N, 7° 12' 18.36" E
HISTORIQUE
L’église est un prieuré de la grande abbaye bénédictine de Pedona (Borgo san Dalmazzo), fondée vers 610 par la reine lombarde Théodolinge sur le lieu de sépulture de saint Dalmas.
Dalmas est considéré comme l’évangélisateur de cette région sud des Alpes. Il fut martyrisé sous Dioclétien, au 3ème siècle, sa tête tranchée et son corps livré au bûcher. Paul Canestrier cite une Vita beati Dalmatii relatée dans le Monumenta Historiae Patriae (Turin, 1839). On y raconte que cet ancien légionnaire romain fut arrêté par les brigands alors qu’il circulait dans nos vallées dans sa mission évangélisatrice. Ils le décapitèrent au bord du Gesso, au-delà du col de Fenestre, et le saint pris sa tête entre les mains, traversa la rivière et expira sur l’autre rive. Les brigands stupéfaits placèrent son corps sur un chariot tiré par deux génisses qui passèrent à travers les montagnes jusqu’à Pedona (actuelle Borgo San Dalamazzo) où elles arrêtèrent leur route. Les Chrétiens y édifièrent une église qui fut plus tard englobée dans le prieuré bénédictin fondé par la reine lombarde Théodolinge, vers 610.
L’église de la Sainte-Croix, autrefois placée sous le vocable de saint Dalmas, est un des nombreux prieuré de l’abbaye piémontaise. Elle fut construite dans un site fertile et ouvert, lieu de communication entre les vallées alpines et le Piemont où la circulation était d’autant plus importante que les circulations maritimes étaient altérées par la présence des sarrasins en Méditerranée.
On suppose que dès le 7ème siècle, un établissement monastique existait dans le Val de Blore. La première mention de l’église remonte à 1060, elle est citée dans un acte de donation. On en trouve encore mention au 12ème siècle, dans la liste des bénéfices qui devaient la dîme à l’évêque de Nice. Le montant très élevé de cette taxe permet d’apprécier l’importance du prieuré. En 1246, le pape Innocent IV en confirme la possession à l’abbé de Pedona.
Les prieurs de cet important monastère étaient les seigneurs du lieu. A partir de 1485, le prieuré fut mis en commende, des prieurs commendataires étaient nommés par le Saint Siège.
L’église actuelle fut construite à partir du 10ème ou 11ème siècle. Certaines parties de la crypte nord pourraient être encore plus anciennes. L’édifice est transformé au cours des 12ème/13ème siècles, peut-être au moment de la réception de la relique précieuse du morceau de la Vraie Croix.
L’église fut très endommagée au cours du 16ème siècle, peut-être à cause d’un tremblement de terre. Elle fut alors abandonnée jusqu’au 17ème siècle, date à laquelle on comble les parties basses de la nef et la crypte. Les couvrements et toitures auraient été refaits au cours du 18ème siècle.
PLAN
L’église est un large vaisseau de 32m de long sur 17m de large. Ces dimensions importantes, supérieures à celle de la cathédrale sainte Marie de Nice au 11ème siècle, témoignent de l’importance du prieuré. Cet important vaisseau sans transept est parfaitement orienté, et se termine par trois absides construites sur des soubassements de cryptes.
EXTERIEUR
La façade occidentale est précédée d’un porche du 16ème siècle et percée d’une porte et d’une fenêtre modernes. On y perçoit encore, ainsi que sur le mur gouttereau sud et au chevet, des traces de bandes dites « lombardes » et festons. L’ensemble est couvert d’une toiture en bardeaux qui englobe les nefs latérales, à l’origine dotées de leur propre toiture en appentis. Le chevet conserve sa noble simplicité.
Un clocher massif coiffé par une toiture de pierre en pyramide fut accolé à l’édifice peut-être au 16ème, selon la date de 1569 lisible sur le pyramidon.
INTERIEUR
La nef est divisée en trois par deux files de six piliers reliés par des arcs en plein cintre.
Elle était couverte à l’origine d’une voûte en charpente, ainsi que les bas-côtés, comme en témoigne la faible épaisseur des murs gouttereaux. La voûte d’arêtes actuelle en moellons date du 17ème siècle, moment où l’on restaure l’édifice en le modifiant au goût baroque. Elle cache les fenêtre hautes qui apportaient de la lumière et modifie l’harmonie des proportions. Les absides sont voûtées en cul-de-four.
Les arcades reposent sur de larges piles carrées, flanquées de colonnes engagées sur les côtés est et ouest construites en moellons noyés dans le mortier. Les grandes arcades ont été aussi modifiées au cours du 17ème siècle.
CRYPTE
Dans les années 70, des fouilles ont été entreprises par l’association Saint-Jean-le-Vieux, à l’instigation de l’archéologue Georges Trubert, et ont révélé la présence de vastes cryptes sous le choeur de l’église. Un large escalier de sept marches a été retrouvé pratiquement intact. Georges Trubert nous décrit un système de trois cryptes très élaborées permettant la circulation transversale des pèlerins sans gêner le déroulement de la liturgie monastique au niveau supérieur. Il s’agit là véritablement d’un « église à deux niveaux ».
La crypte centrale, voûtée d’arêtes, est séparée en trois nefs par deux lignes de quatre piliers et se termine par une absidiole. Ses dimensions sont imposantes, avec 11m de long pour 7 de large.
Les cryptes latérales sont de plus petites dimensions, salles barlongues s’ouvrant sur une absidiole.
La crypte sud présente sur ses murs des fragments de peintures murales, laissant apparaître un étonnant visage aux traits marqués et fin et au regard profond. C’est peut-être au 14ème siècle que fut peint un cycle en majesté dans une mandorle, entouré des quatre évangélistes, et des scènes de la vie de saint Sébastien.
Il est important de souligner le caractère exceptionnel de cette découverte, qui permit de dégager un ensemble exceptionnel très rare qui n’a pas d’équivalent dans le pays niçois.
MOBILIER
D’autre peintures furent découvertes sous le badigeon d’un pilier de la nef, où apparaît un très beau visage d’évêque qui pourrait dater du 14ème ou 15ème siècle.
L’église détient plusieurs retables précieux : un polyptyque de la Sainte Croix peint au 16ème siècle par Guillaume Planeta originaire de Ligurie. Du 17ème siècle, un retable de l’Annonciation de 1661, le retable de la vraie croix du 17ème siècle et celui de saint Pierre et saint Paul.