Les fresques furent peintes en 1451 sur commande d’un donateur Domenico Rapio, dont l’effigie figure dans la chapelle avec une inscription encore lisible : « HAS TRES CAPELLA FECIT DEPINGII DEMENICUS RAPIO AD HONORE DEI ET BEOR ARIGII DYONISII ET MAGDALENE SUB. NNO MCCCCLI DIE OTOBRE »
Ces fresques mettent en scène des saints évêques plus ou moins légendaires, essentiellement présents au nord des Alpes (Erige de Gap, Ysicius de Grenoble saint Domnin de Digne), qui laissent supposer à l’époque une dépendance envers les évêchés de Digne et de Gap plutôt que de Nice.
La chapelle de droite, abside principale, est consacrée à saint Érige.
La légende de saint Érige justifie sa présence en ce lieu.
Évêque de Gap, Érige (Arigius en latin) revenait de Rome où il avait rencontré le pape Grégoire le Grand, quand il fut attaqué par des bandits au lieu-dit «Colla-Longa» sur l'autre versant de la Tinée.
Son cheval fit un bond et sauta par dessus la vallée, pour atterrir sur le site d'Auron. Sur le lieu où arriva le saint, une chapelle fut par la suite édifiée dans le courant du 12ème siècle.
Celle de gauche est entièrement consacrée à saint Denis. La raison de la présence de ce saint à Auron semble liée à la dévotion personnelle du donateur.
Les deux absides décorées de peintures murales se développent en deux registres superposés
ABSIDE DROITE
Dans la partie supérieure (cul-de-four de la voûte), est représenté le Christ en Gloire.
Il est assis dans une mandorle, tenant de la main gauche le livre de vie ouvert sur lequel est inscrit en caractères gothiques un extrait de l'évangile selon saint Jean « ego sum lux mondi via veritas judicius et vita ». De la main droite il bénit. Il est vêtu d’une robe blanche ornée de motifs représentant des animaux et oiseaux opposés, selon un style très oriental.
Il est entouré des symboles des quatre évangélistes représentés sous la forme traditionnelle du Tétramorphe : à gauche l'aigle (saint Jean) et le lion (saint Marc), à droite l'ange (saint Matthieu) et le boeuf (saint Luc). Ils tiennent chacun un phylactère sur lequel est inscrite une phrase tirée de leur propre évangile.
Dans la partie inférieure, six épisodes de la vie de saint Érige : la lecture du cycle s'effectue de gauche à droite :
- Saint Érige terrasse le dragon en le touchant de sa crosse
- Saint Érige est reçu à Rome par le pape saint Grégoire. Il est agenouillé devant le prélat.
- Saint Érige guérit les lépreux.
Au cours d'une épidémie de lèpre, dans la région, saint Érige fut amené à recueillir chez lui trois malades qu'il renvoya guéris le Jeudi Saint après Lavement des Pieds. Le visage du lépreux coiffé d'un bonnet montre les plaies et les lésions caractéristiques de la maladie.
Une légende explicative latine est placée au-dessus du panneau, à l'intérieur de la bande blanche qui le sépare du registre supérieur.
On peut y lire : S. ARIGIUS TRES VIROS ELEFANTINOS SANAVIT.
Ce qui signifie « Saint Érige guérit les lépreux ». Dans cette inscription on peut noter le mot « elefantinos » qui dérive du grec « elephantiasis », appellation ancienne de la lèpre. Au Moyen Âge, cette maladie était connue sous le nom de « mal éléphantin », car les lésions cutanées évoquaient l'aspect du derme des éléphants.
- Saint Érige, en prière, chante avec les anges dans le chœur de la cathédrale de Gap.
- Saint Ysicius, évêque de Grenoble, donne la dernière communion à saint Érige, en présence d’un diacre et d’un enfant de choeur.
- Funérailles de saint Erige. Le saint est conduit à sa dernière demeure dans une charrette tirée par un boeuf et un ours. C’est l’ours même qui avait tué l’autre bœuf et qui, s’étant repenti, était venu prendre sa place.
Chacun des compartiments est cerné d'un filet noir et séparé du suivant par une bande blanche, créant un effet de relief.
ABSIDE GAUCHE
Elle est entièrement occupée par l’histoire de saint Denis de Paris.
Ce cycle de saint Denis, unique exemple conservé dans les Alpes méridionales, illustre le récit de la Légende dorée, recueil de vies de saints écrit par le Dominicain Jacques de Voragine au XIIIe siècle.
Il comporte à la fois les épisodes concernant saint Denys l'Aéropagite, disciple de Paul à Athènes et ceux relatifs au martyre de l'évêque de Paris décapité à la fin du IIIe siècle. Cette confusion entre les deux personnages homonymes était fréquente au Moyen Âge.
L’histoire est peinte sur trois registres. Six scènes à la voûte sont sur deux niveaux :
- saint Paul prêche Denis, vêtu en magistrat.
- Denis, encore incrédule, guérit un petit aveugle.
- Saint Paul baptise Denis et sa femme, debout dans une cuve, en présence de leurs enfants
- Saint Denis est arrêté, avec ses deux diacres, par le préfet et les deux soldats.
- Flagellation de saint Denis.
Six scènes sont peintes sur les murs, à lire de gauche à droite :
- Bénédiction d’un disciple de saint Denis, saint Domnin, premier évêque de Digne.
- Un bourreau retourne saint Denis sur le grill en présence de deux personnages.
- Le saint et ses diacres sont exposés aux bêtes sauvages.
- Apparition du Christ à saint Denis et dernière communion.
- Le saint et les diacres sont décapités. Le saint ramasse sa tête mitrée et nimbée.
- Le saint portant sa tête précède ses diacres et se dirige vers une église, la future abbaye de saint Denis, afin de l’y déposer.
NICHE CENTRALE
La niche centrale illustre certains épisodes de la vie de Marie-Madeleine. De construction plus récente, elle a la forme d’une « niche à baldaquin » voûtée en cul-de-four.
Comme sa soeur Marthe, Marie-Madeleine appartient au groupe des saints de Béthanie, évangélisateurs de la Provence. Les épisodes de la fin de sa vie se sont déroulés en Provence : sa prédication à Marseille, sa mort à Saint-Maximin. Sa présence dans le comté de Nice atteste des attaches entre les deux régions.
Marie-Madeleine, dont la fête est célébrée au milieu de l'été, protège les moissons ; son rôle s’explique ainsi dans le décor peint de la chapelle d'Auron, dont le territoire constituait un grenier à blé assurant la richesse du village.
Le cycle est présenté en huit compartiments, sous une forme comparable à un retable. La figure centrale représente le « ravissement » de Marie Madeleine, deux anges vont l’emporter au ciel, sa chevelure blonde tombe jusqu’à ses pieds et l’enveloppe comme un manteau.
Tout autour de cette image étonnante figurent des épisodes de la vie de la sainte :
- À gauche, Marie-Madeleine est mise au tombeau par sainte Marthe et saint Maximin et un ange vient chercher son âme.
- À droite, rencontre entre le Christ ressuscité et Marie-Madeleine, scène connue sous le nom de « Noli me tangere ».
Le calvaire, situé au-dessous de la grande figure de la sainte, servait de retable au petit autel placé devant.
L’ensemble est dominé par un Christ en Majesté représenté dans une mandorle à la voûte.
Au fronton , la sainte évangélise les marseillais. Elle énumère les raisons d’être un bon chrétien, en comptant sur ses doigts ; cette gestuelle fréquente à l'époque répond à l'appellation de « comput digitalis ».
L'auditoire se divise en deux groupes, les hommes assis sur des coffres à gauche et les femmes installées dans l'herbe à droite. On remarque les détails des costumes particulièrement soignés.
PIEDROITS
Des figures en pied décorent les piédroits.
A droite, le donateur agenouillé, surmonté par un cartouche où l’on peut lire l’inscription citée plus haut.
A gauche, saint Antoine Ermite.
La figure de saint Antoine est révérée en relation avec le rôle de l'ordre fondé sous son patronage, les Antonins, actif dans la région alpine. Ils protégeaient les voyageurs à partir des deux grandes abbayes de saint Antoine-en-Viennois (Isère) et de Sant-Antonio da Ranverso en Piémont. Leur mission était de surveiller les routes et d'accueillir les malades dans des hôpitaux fondés et entretenus à cet usage.
On invoquait la protection de saint Antoine pour se protéger d’une maladie appelée « feu de saint Antoine » ou « mal des ardents ». D'origine inconnue à l'époque (on sait aujourd'hui qu'elle survenait après l’ingurgitation d'un parasite du seigle, l'ergot), cette maladie fit des ravages dans la région : le «mal des ardents» qui revêtait deux formes, convulsive ou gangreneuse.
Au mur nord, un monumental saint Christophe protège lui aussi les voyageurs. Il est représenté les pieds dans l’eau, traversant une rivière poissonneuse, portant un petit enfant sur ses épaules.
La légende de ce saint tient de l’épopée : ce géant de la terre de Canaan est en quête du maître le plus fort et le plus puissant. Il apprend l’existence de Jésus-Christ et décide de le rencontrer. Un ermite le mettra sur la voie, en lui donnant la charge de passeur au bord d’un fleuve tumultueux où bien des voyageurs se noyaient. Un jour, un petit enfant l’appelle pour traverser. Il est si petit, mais d’un si grand poids que Christophe s’en étonne, ayant l’impression de supporter tout le poids du monde sur ses épaules. L’enfant révèle qu’il en est le créateur même, Jésus-Christ, et disparaît aussitôt, laissant Christophe auprès de son bâton planté dans le sable, qui se couvrit de feuilles et de fleurs.
Ce géant devait être bien visible par tous dès l’entrée dans l’église : la seule vue de son image préservait de tout accident ou mort subite pendant toute la journée !
Emplacement
AuronFrance
44° 13' 32.2608" N, 6° 55' 55.9236" E