L’arc triomphal qui sépare la nef du chœur est orné de scènes de l’enfance et de la vie de la Vierge et de l’enfance du Christ, depuis la naissance de la Vierge à la Présentation de Jésus au temple. Elles sont l’œuvre de Jean Canavesio qui travailla à la chapelle postérieurement à Jean Baleison, dont certains motifs non historiés ont été retrouvés sous la scène de la Nativité.
Les scènes sont riches en détails narratifs, inspirés par un texte apocryphe, le proto-évangile de Jacques.
VIE DE LA VIERGE
La partie haute de l’arc est consacrée à la Vie de la Vierge, se déroulant de gauche à droite.
Scène assez abîmée de la Naissance de Marie. Des maladresses dans l’équilibre de l’œuvre sont perceptibles, comme dans la Visitation et le Massacre des Innocents, contrastant avec la très belle harmonie qui caractérise le reste de l’œuvre, comme la Présentation de Marie au Temple. Le mouvement de l’ascension de l’enfant Marie, accompagné par ses parents, Anne et Joachim, et accueillie par le prêtre, est d’une très grande beauté.
Plus mouvementée, la scène du Mariage de Marie, où le noble équilibre statique des personnages du prêtre unissant les époux contraste avec le groupe agité des prétendants.
La scène de la Nativité est en deux partie : sur la droite, Joseph et Marie entourent l’enfant Jésus de leurs prières, dans le cadre d’une harmonieuse architecture de l’étable. L’enfant Jésus est posé sur le manteau de la Vierge, comme dans la Nativité de Bréa qui se trouve à la collégiale de la Brigue. St Joseph porte à la main une bougie dont il protège la flamme, dans une représentation emprunte à la peinture nordique. Sur la gauche, un défilé de rochers évoque la montagne alpine environnante, abritant un troupeau de brebis brigasques, une des grandes richesses du village. Le berger près du seau à traire interromps son repas pour saluer l’ange qui annonce la bonne nouvelle.
Dans l’Adoration des Mages, on admirera particulièrement la richesse des étoffes, et la merveilleuse variété de la procession qui accompagne les Rois Mages, où Canavesio représente un monde complètement étrange pour son époque, où domine l’étonnante figure d’un dromadaire très exotique. Joseph s’essuie le front, stupéfait de ce spectacle. La composition est d’un remarquable équilibre, une des plus belles scènes de la chapelle.
La Fuite en Egypte est une scène touchante, riche en détails. Canavesio y représente le « miracle des dattes » : l’enfant Jésus a faim, un ange fait ployer un palmier sur le passage de l’âne qui porte Marie et son fils afin de le nourrir. Sur la gauche, un rideau d’arbres isole une autres scène : des soldats demandent à un paysan qui récolte son blé s’il a vu les fugitifs. « Oui, répond t’il, ils sont passés lorsque je semais ». Par miracle, le blé avait poussé en quelques heures à peine.
On retrouve une même scène de la Fuite en Egypte à Lans le villars, en Savoie, ou à la chapelle des Pénitents blancs de Tende.
La scène du Massacre des Innocents est dominée par Hérode qui regarde le spectacle depuis une loggia, alors que selon l’histoire, il n’assiste pas à la scène. Mais les peintures de Canavesio semblent vouloir dénoncer les responsables de massacres en les faisant apparaître.
On appréciera enfin le très bel équilibre spatial de la Présentation de Jésus au Temple qui clôt ce cycle.
SCENES DE LA PASSION
La nef est peinte des scènes de la Passion du Christ. Une inscription écrite en 1583 y figure sous la crucifixion, précisant que l’œuvre fut commandée à « IOANES CANAVESIO PICTORE » et terminée le 12 octobre 1492. La totalité des scènes de la nef couvre une superficie de 123 m².
Le cycle débute au registre supérieur du mur sud de la nef (à droite), et se déroule en 14 tableaux sur ce mur et douze sur le mur opposé.
L’Entrée à Jérusalem présente une architecture de la ville typique de la renaissance. L’ânesse au pelage clair est remarquablement vivante, comme tous les animaux présents dans ces fresques. Tout en portant le Christ, elle allaite son ânon, détail profondément touchant. Derrière les murs de la ville, des personnages coupent des rameaux d’olivier pour les lancer au passage de ce « Roi ».
La Cène est représentée comme un tableau de retable, surmontée d’un décor d’arc en accolade. Le Christ est assis face à Judas qui est isolé sur le devant de la scène. Les deux personnages sont liés dans le geste du bras qui se rejoignent autour de l’agneau symbolique, mettant en relief l’opposition fondamentale du bien et du mal. Ici encore, les détails sont soignés et rendent la scène présente et vivante, comme la nappe gaufrée, les verres et la carafe de vin. Selon une iconographie que l’on retrouve en Piémont, les pains sont en trois morceaux, imprimant fortement dans cette représentation le symbole de la Trinité.
Le Lavement des Pieds prend place dans une salle au décor renaissance, carrelages au sol, colonnade ouvrant sur un extérieur fictif, plafond en boiseries. La blancheur de la robe du Christ que l’on retrouve dans l’eau du bassin symbolisent la pureté. Cette pureté dont Judas a tant besoin qu’il se hâte de déchausser sa sandale. Cette scène devrait précéder la Cène, mais le choix de l’inversion accentue davantage le thème de la traîtrise, très présent dans ces lieux et peut-être lié à l’histoire locale. En effet, Judas est ainsi campé comme un personnage majeur, et l’on est déjà introduit à l’esprit de la scène suivante, la Trahison de Judas.
Cette trahison apparaît comme un diptyque séparé par une fine colonnette soutenant deux arcs en plein cintre. A gauche, Judas est saisi par le diable et reçoit l’argent de la trahison. A droite, c’est le repentir. Son pied droit chaussé d’une sandale est bien ancré dans le sol, tant dans ces deux scènes que dans le Lavement des Pieds. C’est bien le même personnage, capable de trahir mais aussi de se repentir, attendant la rédemption du Christ.
Au Jardin des Oliviers, on admirera une composition créant une profondeur qui met en valeur les évènements. Le jardin ceint par un enclos circulaire est planté d’une riche végétation représentée avec une grande finesse. Les arbres sont groupés par deux (l’Ancien et le Nouveau Testament) ou par trois (Trinité). Un immense rocher émerge au centre du jardin (symbole de l’alliance de Dieu). Une agitation tumultueuse au fond de la scène contraste avec le calme statique du jardin : Judas entre par une porte, il est suivi par une horde de soldat prêts à arrêter le Christ.
Le Baiser de Judas se déroule dans une scène extrêmement mouvementée, chargée de contrastes symboliques : lanterne dressée et allumée / lanterne tombée à terre, frappement de Pierre / baiser du Christ, main de Judas qui prend l’argent / main du Christ qui donne en restituant à Malchus l’oreille que Pierre vient de couper.
Les scènes suivantes de le présentation du Christ aux grands prêtres, Anne et ensuite Caïphe, est directement suivie de la scène de la Flagellation, semblant attribuer son exécution aux juifs et non au jugement de Rome. Le Christ est trahi par son propre peuple. Pourtant, Canavesio rectifie, et commente plus avant dans le cycle le jugement de Pilate. En fait, dans un raccourci étonnant, la Flagellation fait directement face au mur opposé à la Résurrection où le Christ est de la même façon au centre d’un groupe de quatre personnages. La colonne centrale de la Flagellation fait aussi pendant à l’axe vertical de la Croix de la Déposition qui se situe en face, au registre supérieur.
Dans la 11ème scène, Jésus est conduit devant le prétoire de Pilate. La dynamique de la scène s’articule autour des axes en diagonale des lances formant une croix de st André. La bannière portant les dessins liés au peuple juif de la chauve-souris et du scorpion s’incline devant le Christ. La femme de Pilate est présente. Selon l’évangile apocryphe de Nicodème, elle dit à son mari qu’il ne doit pas condamner le Christ.
C’est dans un grand mouvement de tourbillon que le Christ est frappé par les juifs. Il semble être le centre d’une roue engagée dans un mouvement infernal, dans un cycle qui transcende les notions de temps historique. Ici encore, la scène est décalée par rapport aux évangiles, elle devrait se situer à la place de la Flagellation, juste après la comparution devant Caïphe.
Le cycle se termine avec des scènes d’une grande puissance de représentation. La Mort de Judas représente le personnage à la fois pendu et éventré, réconciliant deux récits différents, l’évangile de Matthieu où il se pend, et l’acte 1 de l’apôtre Pierre où il meurt accidentellement. Le corps du pendu se trouve à l’extérieur du champ considéré pour Pierre comme étant souillé du sang de Judas car acheté avec l’argent de la trahison. Mais il est relié à l’intérieur du champ par l’olivier où il est pendu, le champ de la rédemption du Christ, car acheté selon Matthieu avec l’argent du rachat.
Les deux polarités du bien et du mal se trouvent ainsi réunie dans une même image, à la fois terrifiante et porteuse d’espoir. D’ailleurs, cette image prend place dans la nef exactement à côté de la Crucifixion, scène du sacrifice, condition indispensable du rachat des pêchés.
Cette Crucifixion est de grande dimension, couvrant les deux registres inférieur et supérieur dans une mise en scène grandiose. Un foisonnement de détails et de personnages apporte un message d’une grande profondeur à cette scène essentielle du cycle.
Le récit se termine par une représentation de la Descente aux Enfers citée dans le Credo, qui aurait dû précéder la Résurrection. Canavesio illustre ici de façon très vivante et imaginative le monde chaotique et monstrueux de l’enfer, créant le lien avec le Jugement Dernier qu’il nous invite à découvrir.
JUGEMENT DERNIER
Le Jugement Dernier est une œuvre grandiose qui couvre tout le mur occidental de la chapelle, sur une superficie de 33 m².
Un foisonnement de personnages saisit le spectateur, qui peu à peu perçoit l’ordonnancement des scènes de part et d’autres de l’image du Christ surmontant l’archange saint Michel. A gauche de la fresque Le roi Salomon cite une phrase de l’Ecclésiaste, en inversant une proposition négative : « Erit Recordatio apput eos qui futuri sunt in novissim ». Il invite le spectateur effrayé par l’horreur du monstre engloutissant les personnages de l’enfer et prêt à se soumettre à la loi divine, à garder mémoire de ce récit dans le futur.
Emplacement
Vallon de Notre Dame des Fontaines
La BrigueFrance
44° 4' 2.0532" N, 7° 38' 52.4436" E