La Brigue (8)

Scènes de la Vie de la Vierge

 

Le programme peint sur les murs du choeur raconte les derniers moments de la vie de la Vierge. Ce thème du « Transitus Mariae », relaté dans les récits de la Légende Dorée de Jacques de Voragine et inspiré par les évangiles apocryphes, est très rarement représenté de façon aussi détaillée en région alpine. L’artiste s’inspire d’un de ces textes, l’évangile de Marie qui apporte un éclairage particulier aux scènes citées.
 
Le mur nord est très abîmé dans sa partie inférieure qui représente Jean enlevé par une nuée et transporté chez la Vierge à Ephèse. En haut figure une deuxième Annonciation : l’Ange annonce à Marie sa mort prochaine. La peinture est assez dégradée.
 
Le mur sud représente la Dormition de Marie. Scène étonnante et touchante où l’âme de la Vierge prend la forme d’une petite fille emportée par le Christ qui la tient dans ses bras.
Au registre inférieur, la peinture assez dégradée représente l’Enterrement de Marie : un homme casqué tente de s’emparer de sa dépouille. C’est le soldat juif Rubin dont les mains sont aussitôt paralysées, mais il se repent et Pierre le guérit. Cet épisode fort marqué d’une portée anti-juive est rarement représenté. Un seul autre exemple dans la région est visible à Montegrazie en Ligurie.
 
Au chevet sont représentés, de bas en haut, les scènes de l’Incrédulité de Thomas, la Visite au Tombeau où le corps de la Vierge est remplacé par des roses, et l’Assomption.
 
Les quatre voûtains du chœur représentent les quatre Evangélistes représentés dans un décor gothique d’une grande finesse.
La décoration non historiée séparant ces scènes est d’une grande richesse. Le choix des formes est généralement très caractéristique d’un peintre et de son atelier. Ici l’on reconnaît le motif en forme de « tente du ciel » typique de Baleison.
 
L’œuvre est peinte à fresque, sur un enduit frais (fresco) qui assure l’extraordinaire longévité des couleurs dans toute leur intensité cristallisée dans la matière minérale. Notons cependant qu’il est rare de trouver une peinture murale entièrement exécutée à fresque. Bien souvent, des touches finales complétaient l’œuvre « a secco », le travail sur enduit frais n’autorisant aucune retouche ou repentir.
C’est en 1959 que cet ensemble de fresques fut remis à jour, après qu’un ouvrier chargé de la restauration de l’autel eut la curiosité de gratter le badigeon qui les recouvrait. Les peintures furent remises en état partout où cela était possible, les parties abîmées n’ayant pas été repeintes.
 
 

Emplacement

Vallon Notre Dame des Fontaines
La Brigue
France
44° 4' 0.7212" N, 7° 38' 54.1428" E

Cycles de fresques : Enfance de la Vierge, Scènes de la Passion, Jugement Dernier

 

L’arc triomphal qui sépare la nef du chœur est orné de scènes de l’enfance et de la vie de la Vierge et de l’enfance du Christ, depuis la naissance de la Vierge à la Présentation de Jésus au temple. Elles sont l’œuvre de Jean Canavesio qui travailla à la chapelle postérieurement à Jean Baleison, dont certains motifs non historiés ont été retrouvés sous la scène de la Nativité.
Les scènes sont riches en détails narratifs, inspirés par un texte apocryphe, le proto-évangile de Jacques.
 
VIE DE LA VIERGE
 
La partie haute de l’arc est consacrée à la Vie de la Vierge, se déroulant de gauche à droite.
Scène assez abîmée de la Naissance de Marie. Des maladresses dans l’équilibre de l’œuvre sont perceptibles, comme dans la Visitation et le Massacre des Innocents, contrastant avec la très belle harmonie qui caractérise le reste de l’œuvre, comme la Présentation de Marie au Temple. Le mouvement de l’ascension de l’enfant Marie, accompagné par ses parents, Anne et Joachim, et accueillie par le prêtre, est d’une très grande beauté.
 
Plus mouvementée, la scène du Mariage de Marie, où le noble équilibre statique des personnages du prêtre unissant les époux contraste avec le groupe agité des prétendants.
 
La scène de la Nativité est en deux partie : sur la droite, Joseph et Marie entourent l’enfant Jésus de leurs prières, dans le cadre d’une harmonieuse architecture de l’étable. L’enfant Jésus est posé sur le manteau de la Vierge, comme dans la Nativité de Bréa qui se trouve à la collégiale de la Brigue. St Joseph porte à la main une bougie dont il protège la flamme, dans une représentation emprunte à la peinture nordique. Sur la gauche, un défilé de rochers évoque la montagne alpine environnante, abritant un troupeau de brebis brigasques, une des grandes richesses du village. Le berger près du seau à traire interromps son repas pour saluer l’ange qui annonce la bonne nouvelle.
 
Dans l’Adoration des Mages, on admirera particulièrement la richesse des étoffes, et la merveilleuse variété de la procession qui accompagne les Rois Mages, où Canavesio représente un monde complètement étrange pour son époque, où domine l’étonnante figure d’un dromadaire très exotique. Joseph s’essuie le front, stupéfait de ce spectacle. La composition est d’un remarquable équilibre, une des plus belles scènes de la chapelle.
 
La Fuite en Egypte est une scène touchante, riche en détails. Canavesio y représente le « miracle des dattes » : l’enfant Jésus a faim, un ange fait ployer un palmier sur le passage de l’âne qui porte Marie et son fils afin de le nourrir. Sur la gauche, un rideau d’arbres isole une autres scène : des soldats demandent à un paysan qui récolte son blé s’il a vu les fugitifs. « Oui, répond t’il, ils sont passés lorsque je semais ». Par miracle, le blé avait poussé en quelques heures à peine.
On retrouve une même scène de la Fuite en Egypte à Lans le villars, en Savoie, ou à la chapelle des Pénitents blancs de Tende.
 
La scène du Massacre des Innocents est dominée par Hérode qui regarde le spectacle depuis une loggia, alors que selon l’histoire, il n’assiste pas à la scène. Mais les peintures de Canavesio semblent vouloir dénoncer les responsables de massacres en les faisant apparaître.
 
On appréciera enfin le très bel équilibre spatial de la Présentation de Jésus au Temple qui clôt ce cycle.
 
 
SCENES DE LA PASSION
 
La nef est peinte des scènes de la Passion du Christ. Une inscription écrite en 1583 y figure sous la crucifixion, précisant que l’œuvre fut commandée à « IOANES CANAVESIO PICTORE » et terminée le 12 octobre 1492. La totalité des scènes de la nef couvre une superficie de 123 m².
 
Le cycle débute au registre supérieur du mur sud de la nef (à droite), et se déroule en 14 tableaux sur ce mur et douze sur le mur opposé.
L’Entrée à Jérusalem présente une architecture de la ville typique de la renaissance. L’ânesse au pelage clair est remarquablement vivante, comme tous les animaux présents dans ces fresques. Tout en portant le Christ, elle allaite son ânon, détail profondément touchant. Derrière les murs de la ville, des personnages coupent des rameaux d’olivier pour les lancer au passage de ce « Roi ».
 
La Cène est représentée comme un tableau de retable, surmontée d’un décor d’arc en accolade. Le Christ est assis face à Judas qui est isolé sur le devant de la scène. Les deux personnages sont liés dans le geste du bras qui se rejoignent autour de l’agneau symbolique, mettant en relief l’opposition fondamentale du bien et du mal. Ici encore, les détails sont soignés et rendent la scène présente et vivante, comme la nappe gaufrée, les verres et la carafe de vin. Selon une iconographie que l’on retrouve en Piémont, les pains sont en trois morceaux, imprimant fortement dans cette représentation le symbole de la Trinité.
 
Le Lavement des Pieds prend place dans une salle au décor renaissance, carrelages au sol, colonnade ouvrant sur un extérieur fictif, plafond en boiseries. La blancheur de la robe du Christ que l’on retrouve dans l’eau du bassin symbolisent la pureté. Cette pureté dont Judas a tant besoin qu’il se hâte de déchausser sa sandale. Cette scène devrait précéder la Cène, mais le choix de l’inversion accentue davantage le thème de la traîtrise, très présent dans ces lieux et peut-être lié à l’histoire locale. En effet, Judas est ainsi campé comme un personnage majeur, et l’on est déjà introduit à l’esprit de la scène suivante, la Trahison de Judas.
 
Cette trahison apparaît comme un diptyque séparé par une fine colonnette soutenant deux arcs en plein cintre. A gauche, Judas est saisi par le diable et reçoit l’argent de la trahison. A droite, c’est le repentir. Son pied droit chaussé d’une sandale est bien ancré dans le sol, tant dans ces deux scènes que dans le Lavement des Pieds. C’est bien le même personnage, capable de trahir mais aussi de se repentir, attendant la rédemption du Christ.
 
Au Jardin des Oliviers, on admirera une composition créant une profondeur qui met en valeur les évènements. Le jardin ceint par un enclos circulaire est planté d’une riche végétation représentée avec une grande finesse. Les arbres sont groupés par deux (l’Ancien et le Nouveau Testament) ou par trois (Trinité). Un immense rocher émerge au centre du jardin (symbole de l’alliance de Dieu). Une agitation tumultueuse au fond de la scène contraste avec le calme statique du jardin : Judas entre par une porte, il est suivi par une horde de soldat prêts à arrêter le Christ.
 
Le Baiser de Judas se déroule dans une scène extrêmement mouvementée, chargée de contrastes symboliques : lanterne dressée et allumée / lanterne tombée à terre, frappement de Pierre / baiser du Christ, main de Judas qui prend l’argent / main du Christ qui donne en restituant à Malchus l’oreille que Pierre vient de couper.
 
Les scènes suivantes de le présentation du Christ aux grands prêtres, Anne et ensuite Caïphe, est directement suivie de la scène de la Flagellation, semblant attribuer son exécution aux juifs et non au jugement de Rome. Le Christ est trahi par son propre peuple. Pourtant, Canavesio rectifie, et commente plus avant dans le cycle le jugement de Pilate. En fait, dans un raccourci étonnant, la Flagellation fait directement face au mur opposé à la Résurrection où le Christ est de la même façon au centre d’un groupe de quatre personnages. La colonne centrale de la Flagellation fait aussi pendant à l’axe vertical de la Croix de la Déposition qui se situe en face, au registre supérieur.
 
Dans la 11ème scène, Jésus est conduit devant le prétoire de Pilate. La dynamique de la scène s’articule autour des axes en diagonale des lances formant une croix de st André. La bannière portant les dessins liés au peuple juif de la chauve-souris et du scorpion s’incline devant le Christ. La femme de Pilate est présente. Selon l’évangile apocryphe de Nicodème, elle dit à son mari qu’il ne doit pas condamner le Christ.
 
C’est dans un grand mouvement de tourbillon que le Christ est frappé par les juifs. Il semble être le centre d’une roue engagée dans un mouvement infernal, dans un cycle qui transcende les notions de temps historique. Ici encore, la scène est décalée par rapport aux évangiles, elle devrait se situer à la place de la Flagellation, juste après la comparution devant Caïphe.
 
Le cycle se termine avec des scènes d’une grande puissance de représentation. La Mort de Judas représente le personnage à la fois pendu et éventré, réconciliant deux récits différents, l’évangile de Matthieu où il se pend, et l’acte 1 de l’apôtre Pierre où il meurt accidentellement. Le corps du pendu se trouve à l’extérieur du champ considéré pour Pierre comme étant souillé du sang de Judas car acheté avec l’argent de la trahison. Mais il est relié à l’intérieur du champ par l’olivier où il est pendu, le champ de la rédemption du Christ, car acheté selon Matthieu avec l’argent du rachat.
Les deux polarités du bien et du mal se trouvent ainsi réunie dans une même image, à la fois terrifiante et porteuse d’espoir. D’ailleurs, cette image prend place dans la nef exactement à côté de la Crucifixion, scène du sacrifice, condition indispensable du rachat des pêchés.
 
Cette Crucifixion est de grande dimension, couvrant les deux registres inférieur et supérieur dans une mise en scène grandiose. Un foisonnement de détails et de personnages apporte un message d’une grande profondeur à cette scène essentielle du cycle.
 
Le récit se termine par une représentation de la Descente aux Enfers citée dans le Credo, qui aurait dû précéder la Résurrection. Canavesio illustre ici de façon très vivante et imaginative le monde chaotique et monstrueux de l’enfer, créant le lien avec le Jugement Dernier qu’il nous invite à découvrir.
 
 
JUGEMENT DERNIER
 
Le Jugement Dernier est une œuvre grandiose qui couvre tout le mur occidental de la chapelle, sur une superficie de 33 m².
Un foisonnement de personnages saisit le spectateur, qui peu à peu perçoit l’ordonnancement des scènes de part et d’autres de l’image du Christ surmontant l’archange saint Michel. A gauche de la fresque Le roi Salomon cite une phrase de l’Ecclésiaste, en inversant une proposition négative : « Erit Recordatio apput eos qui futuri sunt in novissim ». Il invite le spectateur effrayé par l’horreur du monstre engloutissant les personnages de l’enfer et prêt à se soumettre à la loi divine, à garder mémoire de ce récit dans le futur.

Emplacement

Vallon de Notre Dame des Fontaines
La Brigue
France
44° 4' 2.0532" N, 7° 38' 52.4436" E

Chapelle Notre Dame des Fontaines

Emplacement

Vallon de Notre Dame des Fontaines
La Brigue
France
44° 3' 59.6124" N, 7° 40' 7.0644" E

 

Ce lieu de pélerinage dans un site arrosé de sept sources, se trouve sur une ancienne voie muletière qui reliait La Brigue à Triora et Taggia en Ligurie. Le sanctuaire répond à un vœu de la population qui s’assure la protection de la Vierge pour empêcher l’eau de la Levensa de se tarir. La présence de l’eau et le régime des sources sont perçus comme des éléments miraculeux. L’une d’elle qui apparaît sous le sanctuaire juste au niveau de l’autel verrait son eau se changer en vin à certaines heures de la journée. Ces sources intermittentes ont la réputation d’avoir des propriétés curatives. Dans les premières décennies du 20ème siècle, on venait encore chercher la guérison sur ces lieux, pour les maladies d’yeux et de peau.
 
Le sanctuaire est déjà existant au 13ème siècle, le chœur pourrait dater de cette époque. La nef du 15ème  siècle, peu éclairée, se rattache à un courant gothique tardif montrant une très grande simplicité caractéristique dans ces zones alpines du Comté de Nice.
Les murs de la nef et du chœur sont peints à la fin du 15ème siècle, couvrant une superficie de 221 m² où se déploie la splendeur d’un exceptionnel ensemble de fresques de Jean Baleison et de Jean Canavesio, sur les thèmes de la vie de la Vierge, de la Passion et du Jugement Dernier.
 
L’édifice est modifié à partir de 1605 avec l’adjonction d’un porche qui permet l’accueil des pèlerins. Une partie des fresques est détruite pour ouvrir une porte plus large. En 1750, le courant baroque marque son emprunte, l’édifice est rénové grâce à la générosité des habitants qui manifestent leur gratitude pour avoir échappé aux souffrances de la guerre contre les gallispans. La voûte est surélevée, ajourée d’ouvertures qui modifient l’éclairage intérieur, et peinte dans le nouveau style par Gaetano Ruffi.
 
 Des travaux de restauration sont entrepris par les Beaux-Arts et les Monuments de France dès 1947 qui nettoient et reprennent certains éléments du décor de la nef peinte par Canavesio. L’ensemble des fresques du choeur avait été recouvert d’un badigeon et ne fut dégagé qu’à partir de 1959 après une découverte faite tout à fait par hasard : un enfant de cœur brisa par mégarde les moulures en plâtre de l’autel, découvrant ainsi les pierres du 12ème siècle. Un ouvrier, chargé de cette restauration eut l’idée de gratter l’enduit du chœur et découvrit l’œuvre de Baleison.
 
Ce lieu qui semble désormais à l’écart, isolé dans un site majestueux, était autrefois dans une zone de circulation plus intense. Les voyageurs circulant sur les routes qui les menaient de vallée en vallée trouvaient refuge dans ces chapelles protectrices. Ici, à Notre Dame des Fontaines, ils étaient naturellement transportés dans la grande histoire divine qu’ils lisaient en images, comprenant avec terreur l’horreur du pêché et forgeant l’espoir de la rédemption pour une vie à l’exemple du Christ.
Le voyageur d’aujourd’hui découvre avec stupéfaction et admiration l’ampleur, la richesse d’une œuvre dont le pouvoir évocateur n’est en rien altéré par le passage des siècles.
 
 

Assomption

 

Panneau unique à deux compartiments, qui semble être l’élément central d’un retable dont le reste a disparu.
Le panneau principal représente l’Assomption de la Vierge, dans un cadre entouré de fines colonnettes supportant un arc en plein cintre.
Marie, enveloppée dans son manteau bleu, est emportée au ciel par quatre anges. Sa tête est déjà dans les cieux, au-dessus des nuages. Elle y entend la musique céleste jouée par les anges, l’un jouant du luth et l’autre de la vièle à archet. Ces deux instruments sont souvent représentés dans les célébrations de la Vierge peinte par L. Bréa, comme à Taggia, à Briançonnet ou dans l’Assomption du Petit-Palais à Avignon. Luc Thévenon nous rappelle la symbolique de ces instruments symbolisant les bienfaits divins, mais aussi préfigurant la passion, avec leurs cordes tendues sur un support de bois symbolisant le corps du Christ cloué sur la croix.
Au sol, les apôtres sont représentés de part et d’autre d’un large tombeau vide, et lèvent le regard vers Marie. Ils sont encadrés par des éléments rocheux, marquant symboliquement la présence du Christ.
 
Le petit panneau supérieur représente la Trinité, le Père et le Fils s’apprêtent à couronner la Vierge.
 
Le dogme de l’Assomption fut accepté très tardivement par l’église, proclamé officiellement par le pape pie XII en 1950. L’église d’orient fêtait la Dormition, sommeil au cours duquel l’âme de la vierge s’élevait vers le ciel. L’assomption corporelle de la Vierge est une notion qui n’apparaît pas avant le 9ème siècle et qui se confirmera avec les grands théologiens du 13ème siècle.
 

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Martyre de Saint Erasme

 

L’œuvre est composée d’un grand panneau central surmonté d’un revers et complété par une prédelle. Le retable montre la trace de remaniements, l’encadrement est tardif, du 18ème siècle.
 
Le panneau central représente la martyre de saint Erasme, autrement dit saint Elme. Le saint est allongé nu sur une planche, coiffé d’une mitre d’évêque. Il était évêque au Liban au 3ème siècle, et fut martyrisé en Campanie en 303. L’image de son supplice est crûment représentée, un bourreau extrait ses intestins et les enroule sur un treuil. Un personnage domine la scène, assis sur un trône, peut-être l’empereur Maximien, entouré de deux personnages de sa suite.
 
Il est intéressant d’observer que le culte de saint Erasme était au début du Moyen-Age porté par les marins en Méditerranée. Les phosphorescences de la mer, appelées « feu de saint Elme » nous rappellent ce lien à l’univers maritime. Il était généralement représenté avec un emblème caractéristique de cette appartenance, un cabestan sur lequel s’enroulait un câble. Or, cet instrument n’avait aucun sens pour les peuples continentaux qui ignoraient tout de la mer, notamment dans l’est de la France où le saint était très vénéré. Ils imaginèrent donc qu’il s’agissait là de l’instrument de son supplice, un treuil autour duquel seraient enroulés ses intestins.
De là à en faire le saint protecteur des maux de ventres (coliques ou enfantement), il n’y avait qu’un pas. Le boyau des intestins fit même de lui le patron des luthiers ! Cependant, dans notre région méditerranéenne, le culte au marin reste prépondérant, et célébré sur la côte, à Villefranche, Nice et Monaco.    
 
C’est là un bel exemple de la création des légendes par le peuple lui même, transformant les récits relatés dans les écrits comme la Légende Dorée dont la transposition en image n’était pas toujours bien comprise.
 
Le saint est peu représenté dans les Alpes- Maritimes. Par contre, on le retrouve en Piémont et en Lombardie, et son martyre est fréquemment représenté dans les régions du nord.
 
Le revers représente Dieu le Père, entouré de deux anges. La prédelle en cinq panneaux montre des épisodes de la vie et du martyre du saint.

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Retable Notre Dame des Neiges

 

Ce retable, dédié à Notre-Dame des Neiges, fut commandé par Petrino Lascaris da Briga coseigneur de Brigue qui venait de contribuer à la reconstruction de l’église collégiale achevée en 1501. Pour lui même et sa famille, il y fonda et fit orner l’autel de la Sainte Croix. Son achèvement fut concrétisé par la mise en place du triptyque en 1507. La dédicace, bien qu’en partie effacée, témoigne de cette commande : « Magnific(us) et Gener(us) V(enerabili) Lascaris / Vintimillii et ex Fin(us) DP ( … ) FCP Piar / (Sebastia) nus Fusar de Fossano 1507 me (fecit) ( …)».
 
L’œuvre est en forme de triptyque. Au panneau central, Marie est assise sur un trône au bas duquel on peut lire l’inscription : « SANCTA MARIA DI NIVE ». Elle allaite son enfant qu’elle porte sur un drap blanc, l’enfant tête distraitement en regardant ailleurs. La Vierge nourrice ou Vierge au lait représente une Vierge de tendresse, ajoutant l’image du rôle fécondant de la Vierge, dans sa charité nourricière. Ces représentations étaient courantes au Moyen-Age, mais le Concile de Trente y mit un terme, car elles donnèrent parfois lieu à des excès de nudité ostentatoire, comme dans l’œuvre de Jean Fouquet (v. 1450).
 
Le culte de Notre Dame des Neiges s’est établi sur une tradition romaine qui remonte au 4ème siècle, sous le pontificat de Libère (352 – 365). La Vierge lui apparut en songe, ainsi qu’au patricien Jean et à sa femme, leur demandant d’élever une église à l’endroit qui serait couvert de neige le lendemain. Ceci paraissait totalement impossible car l’histoire se déroule au mois d’août. Et le miracle survint, le 5 août au matin, une nappe de neige couvrit le mont Esquilin sur lequel on battit une église, qui est aujourd’hui la basilique Sainte-Marie-Majeure.
Le culte à Notre-Dame-des-Neiges se répandit, on le retrouve fréquemment dans les Alpes Maritimes, comme à Breil,  Roquebrune, Saint-Agnès Guillaume ou Roure.
 
L’image de la Vierge domine les deux personnages qui figurent dans les compartiments latéraux.
A droite, saint Louis d’Anjou est représenté en évêque, vêtu d’une chape ornée de fleurs de lys. Ce franciscain devint évêque à Toulouse en 1296. Son humilité était légendaire et remarquable, particulièrement pour un membre de la famille royale. Il était en effet le petit-neveu du roi de France Saint-Louis, et le fils de Charles II d’Anjou, compte de Provence. En 1297 il se rendit à Rome pour assister à la canonisation de son grand-oncle, et mourut peu après, épuisé par la phtisie. Il fut enterré à Marseille, d’où son culte se répandit, en France et en Italie, notamment à travers les dévotions franciscaines.
 
A gauche, saint Nicolas de Bari est lui aussi un saint extrêmement populaire. Il est lui aussi représenté en évêque, vêtu d’un manteau bleu, sur un fond doré, s’harmonisant dans les tons avec les deux autres panneaux.
Les boiseries sont en bois doré, en style renaissance avec pilastres à chapiteaux.
La partie supérieure du retable a été modifée au 18ème siècle. Au sommet figurent encore les armes des Lascaris de la Brigue.

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Crucifixion

 

La crucifixion est représentée sur un panneau unique. Madeleine est agenouillée au pied de la croix, entourée de saint Jean, Marie et une sainte femme. Derrière saint Jean figure un évêque, le dos tourné, semblant à l’écart de la scène. A gauche, un petit personnage agenouillé représente le donateur. Dans la partie haute, deux anges assistent à la scène, l’un deux sèche ses larmes avec un mouchoir.
Le paysage est représenté jusque dans un fond lointain, les effets de sfumato créant des effets de perspective dégradée.
 

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

Collégiale Saint Martin

Emplacement

La Brigue
France
44° 3' 49.3596" N, 7° 36' 54.6516" E

 

Du premier édifice construit à cet emplacement, au cœur de la cité, nous est parvenu un linteau avec une inscription gravée figurant la date de 1234. Il s’agit du plus ancien linteau daté de la région liguro-niçoise, placé en remploi au dessus de la porte latérale.
L’église Saint Martin est un vaste édifice à trois nefs construit en 1484. Elle est ainsi contemporaine de la collégiale de Tende mais s’en différencie par sa nef plus longue et ses élévations plus trapues. Le plan basilical à trois nefs sans transept perpétue la tradition romane lombarde à laquelle les Alpes Méridionales ont témoigné une remarquable fidélité.
La façade présente d’ailleurs un décor de « bandes lombardes » et de trois fresques dont l'une, au centre, représente une Charité de saint Martin. Au 16ème siècle, on lui ajoute un portail de style renaissance sculpté dans la pierre de schiste vert caractéristique de la Brigue et Tende.
Le linteau qui surmonte la porte principale, frappé d’un IHS et des armes de Savoie, porte la date de 1501.
Le beau clocher au profil roman présente des ouvertures géminées et un décor de « bandes lombardes », il est couronné d’une pyramide hexagonale et de clochetons d’angle.
 
La nef centrale est voûtée sur croisée d’ogives, les nefs latérales sont voûtées d’arêtes.
Le choeur polygonal date d’un réaménagement au 18ème siècle, époque à laquelle l’église est décorée dans le goût baroque.
Une inscription indique que les voûtes ont été « décorées par la piété de la Communauté » en 1886. A cette date, l’ensemble des peintures murales de l’église ont été refaites dans le goût néo-gothique, très en faveur à la fin du 19ème siècle. Les voûtes s’ornent alors d’un décor de ciel bleu étoilé d’or.
 
L’église renferme un ensemble exceptionnel d’œuvres peintes du 16ème siècle.
Le retable de la Crucifixion en bois peint et doré, représente les saintes femmes au pied du calvaire avec en arrière-plan un petit paysage avec ville fortifiée. Le costume du donateur qui figure en bas à gauche du panneau permet de situer l’œuvre vers 1510, ce que confirment les boiseries Renaissance. Bien que l’œuvre ait quelquefois été attribuée à Louis Brea, les critiques se prononcent aujourd’hui pour un peintre ligure influencé par l’Italie du nord et sensible aux modèles flamands nombreux en Lombardie et à Gênes.
Le triptyque de Sainte Marthe en bois peint et doré, figure la sainte entourée de son frère Saint Lazare et de sa sœur Sainte Marie-Madeleine ; un paysage unit les trois panneaux en arrière-plan. Au-dessus, sous un arc, un Père Eternel, et une Annonciation dans les écoinçons. La prédelle représente la prédication de Marie-Madeleine à Marseille, le débarquement aux Saintes Maries de la Mer et Sainte Marthe exorcisant la Tarasque devant Tarascon et Beaucaire. Cette œuvre est attribuée à l’atelier de Brea; les costumes et détails de la prédelle la situent vers 1530. Les dauphins décoratifs de l’arcade supérieure sont caractéristiques du décor Renaissance.
Le retable de Saint Erasme (objet classé MH) en bois peint représente le martyr du Saint
- ses intestins enroulés sur un treuil - avec un réalisme saisissant. La composition triangulaire du panneau est remarquable. La prédelle détaille d’autres épisodes de la vie du martyr : condamnation, flagellation, corps ébouillanté, résurrection d’un mort. Attribuée à l’atelier de Brea, l’œuvre date des alentours de 1515.
La chapelle de la corporation des bergers
Elle est dédiée à Saint Michel-Archange, protecteur de cette puissante corporation. On retrouve cette même protection dans les vallées pastorales de la Tinée et d’Entraunes dans les Alpes Maritimes. C’est à la Saint Michel que les troupeaux quittent l’alpage et de ce même jour partaient les baux de location.
Le tableau sur toile peinte à l’huile (objet classé MH) représente Saint Michel terrassant le dragon entre Sainte Agathe, Saint Nicolas de Tolentino ou Saint Bernardin de Sienne, et les Saintes Lucie et Catherine d’Alexandrie. Au bas, une dédicace porte la date de 1602.
Le retable de la Nativité (objet classé MH), unanimement attribué à Louis Brea, date du début du 16°siècle. Ce retable, l’une des plus belles réussites du peintre niçois, est inséré dans un encadrement en stuc (objet classé MH) de 1710, restauré en 1885 par Maurice Alberti. Les armes de cette famille, qui fonda la chapelle en 1481, sont peintes sur le devant d’autel avec la date de 1718. Le panneau principal représente la Vierge et Saint Joseph en adoration devant l’Enfant, et une annonce aux bergers dans le paysage en arrière-plan. Les angelots au bas du panneau sont des ajouts postérieurs. Le donateur, en costume de la fin du 15ème siècle, est représenté agenouillé en bas et à gauche de la scène de la Nativité. Sur les deux panonceaux du registre supérieur, seuls autres éléments conservés de ce retable, figurent l’Ange Gabriel et la Vierge de l’Annonciation  L’œuvre est remarquable par sa composition à la fois sobre et savante, la délicatesse du visage de Marie, le traitement du paysage lumineux.
Le panneau de L’Assomption du 15ème siècle, est la partie centrale d’un triptyque démantelé. Dans la prédelle, le Couronnement de la Vierge (objet classé MH).
 
L’autel de Saint Jean Baptiste fut fondé en 1522 par Dominique Pastorelli, sénateur à Nice puis préfet de la ville d’Oneille en Ligurie. Le retable du Baptême du Christ et sa prédelle ont été peints sur bois de noyer, au cours du 16ème siècle. Les donateurs sont représentés de part et d’autre d’une Vierge de Piété.
Le retable de Notre Dame des Neiges (objet classé MH) a été exécuté en 1507 par Sébastien Fuseri, originaire de Fossano en Piémont, connu pour le décor de plusieurs chapelles aux environs de Mondovi. Le triptyque représente la Vierge à l’Enfant allaitant entourée des Saints Nicolas de Bari et Louis de Toulouse . L’œuvre appartient au gothique tardif et est encadrée de boiseries dorées Renaissance. La figure de la Vierge est très proche, par sa typologie, des madones piémontaises de cette époque.
 
Plusieurs retables sculptés du 18ème siècle sont remarquables, notamment celui de la Vierge du Rosaire.
L’église présente également un bel ensemble d’œuvres sculptées du 17ème ou 18ème siècle :
Le Christ de la chaire et son bras support en bois polychrome du 17°siècle.
Deux statues polychromes du Christ du 17°siècle, dont une « Ecce homo », taillée dans un bois de figuier.
Une statue de la Vierge (début 17ème siècle) et sa chaise de procession (18ème siècle). Cette chaise avec ses volutes d’encadrement en bois doré à la feuille et des angelots supportant la couronne est une des plus belles du Comté de Nice.
Un Christ de procession en bois polychrome du 17ème siècle.
Un Christ en croix de procession en bois polychrome du 18ème siècle.
 
L’orgue Lingiardi de 1849.
Son buffet en bois polychrome et sa partie instrumentale sont caractéristiques des instruments de la vallée de la Roya.
 

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